Les data centers modernes sont soumis à la pression de quatre forces convergentes : le calcul de classe IA ; l’explosion du trafic et des besoins d’interconnexion ; le déplacement des charges de travail vers l’edge ; et la disponibilité foncière, les exigences de durabilité et les contraintes du réseau électrique. Résultat : davantage de ports, des baies plus chaudes et des déploiements plus rapides — sans surface supplémentaire.
Par Rachid Aït Ben Ali, Product & Solutions Manager Smart Building & Data Center, Aginode
Le calcul de classe IA entraîne une augmentation rapide des densités de puissance et de dissipation thermique par baie. L’explosion du trafic et des besoins d’interconnexion impose des migrations accélérées vers des architectures 400/800G, avec un nombre beaucoup plus élevé de terminaisons en fibre optique par rack. Les charges de travail se déplacent vers l’edge, générant un grand nombre de petits sites devant être déployés rapidement, avec une connectivité standardisée et à très haute densité. Enfin, la disponibilité foncière, les exigences de durabilité et les contraintes du réseau électrique obligent les opérateurs à densifier les infrastructures existantes plutôt qu’à étendre leurs surfaces.
Résultat : davantage de ports, des baies plus chaudes et des déploiements plus rapides — sans surface supplémentaire. Répondre à ces exigences passe par des fondamentaux solides en matière de connectivité, et la baie joue un rôle clé. Dans cet article, nous examinons les exigences au niveau du rack pour rendre la densité durable et les opérations prévisibles.
Solutions de baies et gestion du câblage
Les équipements doivent supporter une très forte densité de ports tout en restant accessibles par l’avant, afin que les techniciens puissent intervenir sans perturber les cordons adjacents. Les câbles doivent être routés à l’aide de solutions de gestion de câbles verticales et horizontales et les cheminements aériens ou sous plancher doivent être réservés et dimensionnés selon des taux de remplissage réalistes. Il est essentiel d’éviter que le volume de câbles n’entrave la circulation de l’air.
Les rayons de courbure minimaux doivent être respectés, aussi bien pour la fibre que pour le cuivre ; l’alimentation doit être séparée des données lorsque cela est possible ; et des zones de stockage de réserve doivent être prévues sans bloquer les entrées d’air des équipements. La standardisation de l’étiquetage et de la numérotation des unités (U) sur l’ensemble des rangées est également cruciale, tout comme l’appui sur des outils d’instrumentation ou de documentation automatisée afin que chaque changement au niveau des ports soit détecté, guidé et répercuté dans les systèmes DCIM et de gestion des tickets.
Discipline des allées chaudes et froides et confinement
Les armoires standards deviennent de plus en plus chaudes, et la tranche supérieure (rangées IA/HPC) l’est encore davantage. La dernière enquête mondiale de l’Uptime Institute (2024) montre que les baies de 7 à 9 kW gagnent du terrain. Si seules quelques installations dépassent aujourd’hui les 30 kW par rack, Uptime prévoit une évolution rapide à mesure que les déploiements IA montent en puissance.
De son côté, l’étude AFCOM State of the Data Center 2024 situe la densité moyenne par rack autour de 12 kW — contre environ 8,5 kW l’année précédente — et indique que la majorité des opérateurs prévoient de nouvelles augmentations dans les 12 à 36 mois. Ces mêmes données montrent que beaucoup commencent par améliorer la circulation de l’air et le confinement, tandis que le refroidissement liquide progresse avec l’augmentation des charges.
Le refroidissement par air n’est efficace que si l’air circule là où il le doit. Un câblage encombré bloque les flux d’air à l’avant des racks, à l’intérieur des armoires et sous les planchers techniques, augmentant la consommation des ventilateurs, les points chauds et, in fine, le PUE. Il est donc essentiel d’aligner les équipements de l’avant vers l’arrière, d’acheminer l’air soufflé vers les allées froides et de renvoyer l’air chaud vers les allées chaudes.
Le confinement — total ou partiel — à l’aide de portes de bout de rangée, de panneaux de toiture, de panneaux obturateurs et de brosses passe-câbles permet de réduire les phénomènes de by-pass et de recirculation. Les découpes de câbles et les espaces latéraux doivent être étanchéifiés, et les dalles perforées ou grilles de soufflage réservées exclusivement aux allées froides.
Distances, dégagements et accès de maintenance
La densité de câblage augmente car les racks modernes terminent un nombre bien plus élevé de liaisons haut débit par unité (RU), et chaque liaison utilise de plus en plus de fibres parallèles. Les livraisons de modules optiques 400G et 800G ont presque quadruplé en 2024 (plus de 20 millions d’unités), et les analystes anticipent une nouvelle forte progression en 2025 — ce qui se traduit directement par davantage de transceivers, de jarretières et de capacités de trunking en façade de rack.
Côté commutation, les nouveaux ASICs 51,2T et 102,4T entraînent des déploiements massifs de ports 800G et 1,6T (Dell’Oro prévoit 100 millions de ports de ce type livrés d’ici 2028), multipliant à nouveau le nombre de fibres arrivant dans chaque armoire. Les serveurs IA amplifient encore ce phénomène : par rapport aux serveurs x86 traditionnels, un serveur IA/ML typique se connecte aujourd’hui à plus de 12 ports Ethernet (contre environ 5 à 6), faisant exploser le nombre de câbles par rack, avant même de prendre en compte les breakouts.
Les évolutions technologiques concentrent toujours plus de terminaisons dans un même espace. Les connecteurs duplex très compacts (VSFF) tels que CS, SN et MDC, réduisent l’encombrement, permettant d’offrir davantage de ports actifs par RU. Parallèlement, l’industrie se standardise sur des formats MPO à plus grand nombre de fibres pour les optiques parallèles — notamment le MPO-16 selon IEC 61754-7-3 / TIA 604-18 — afin de supporter les applications 400G SR8 et 800G SR8/DR8. Cela augmente le nombre de fibres par lien tout en préservant l’efficacité de l’espace en façade.
Cette densité accrue pose problème si l’espace de manipulation est insuffisant. Des rayons de courbure trop serrés et des microcourbures peuvent apparaître, augmentant l’atténuation et provoquant des erreurs intermittentes. Les environnements confinés ralentissent également les opérations de maintenance (MAC), augmentent le MTTR et le risque de déconnexion accidentelle, avec un impact direct sur la disponibilité.
Il est donc essentiel de préserver un espace de travail suffisant, en rapprochant la surface de manipulation du technicien (plateaux coulissants verrouillables avec guidage des câbles) et en déportant le brassage passif hors des racks lorsque la densité devient extrême (baies ou cadres aériens). Visez environ 1,2 m d’espace libre dans les allées froides pour permettre la circulation des personnes, l’ouverture des portes et l’utilisation des outils, ainsi qu’au moins 0,6 à 1,0 m à l’arrière des racks selon la profondeur des équipements et l’ouverture des portes. Prévoyez également un dégagement suffisant en hauteur pour les chemins de câbles et échelles, ainsi qu’un espace de fin de rangée pour l’évacuation et les portes de confinement. Les normes locales, sismiques et d’accessibilité peuvent imposer des valeurs supérieures.
Perforation et dissipation thermique
Les portes de baies doivent « respirer ». Une perforation insuffisante entrave la circulation de l’air, augmente les pertes de charge et oblige les ventilateurs des serveurs à accélérer — ce qui élève la température d’entrée, la consommation énergétique (et le bruit) et dégrade le PUE. La contre-pression favorise également la recirculation de l’air chaud par les interstices latéraux, créant des points chauds et limitant la densité exploitable par rack.
Les équipes tentent parfois de résoudre le problème en laissant les portes ouvertes, au détriment du confinement et de la sécurité. Il est donc recommandé de spécifier des portes avant et arrière offrant un taux d’ouverture minimal de 60 à 63 % pour les rangées refroidies par air, et d’envisager 70 à 80 % lorsque les densités de puissance sont élevées, tout en respectant les contraintes mécaniques et de sécurité. Tous les emplacements inutilisés doivent être équipés de panneaux obturateurs afin d’éviter les flux d’air parasites. Des échangeurs thermiques en porte arrière, des cheminées ou un confinement renforcé peuvent être ajoutés lorsque la modélisation thermique démontre un bénéfice mesurable.
Une approche globale
En résumé, nous recommandons de concevoir pour la densité, de protéger les flux d’air et de rendre chaque modification traçable. Lorsque les racks, les cheminements, le confinement, les dégagements et la perforation des portes sont pensés comme un système cohérent, il devient possible d’augmenter le nombre de ports par RU et la puissance par rack sans sacrifier la maintenabilité ni la marge thermique. C’est ce qui garantit des opérations sereines sur le long terme, à mesure que les environnements montent en charge.
Les solutions matérielles et logicielles qui automatisent la documentation au niveau des ports, détectent les changements, exposent les capacités et les ordres de travail, et s’intègrent aux outils DCIM et ITSM sont essentielles pour maintenir une gestion du câblage fiable après chaque opération de type move/add/change, et pas uniquement lors de la mise en service initiale.
Lors de la spécification ou de la modernisation des racks de data center, privilégiez des plateformes qui équilibrent densité et facilité d’exploitation. Recherchez des panneaux fibre 1U supportant au minimum 144 ports LC (UHD) ou 96 ports LC (HD), avec des plateaux coulissants indépendants et verrouillables permettant aux techniciens d’intervenir section par section sans perturber les cordons adjacents. Assurez-vous de disposer d’un véritable espace de travail et d’un routage discipliné : des cadres de brassage aériens (≥4U) permettent de déporter le brassage dense hors des racks actifs, tandis que des guides de câbles intégrés garantissent le respect des rayons de courbure et un soulagement de traction adapté.
Rendez la couche physique visible grâce à une gestion d’infrastructure automatisée (AIM) capable de détecter les changements au niveau des ports et de s’interfacer avec les systèmes DCIM/ITSM via API pour les ordres de travail, les audits et les alertes. Lorsque le cuivre est nécessaire, spécifiez des panneaux Cat6A 1U 48 ports avec gestion arrière intégrée, volets articulés et façade inclinée afin de préserver les flux d’air et l’espace de manipulation. Enfin, choisissez des baies et armoires adaptées à votre salle et à votre stratégie de confinement — disponibilité en formats 19″ et ETSI, largeurs de 600 à 900 mm, plusieurs hauteurs et types de portes — afin de conserver une grande flexibilité d’implantation sans compromettre les performances thermiques.

