Le doute s’immisce sur les méga investissements dans les datacenters d’IA

L’enthousiasme débordant pour les projets géants d’IA et leurs méga-datacenters ne cesse d’entraîner les marchés financiers et immobiliers dans une spirale d’investissements. Mais Wall Street commence à s’interroger, en particulier sur le service de la dette et la viabilité de modèles économiques… absents !

Tribune de Yves Grandmontagne, Rédacteur en chef de DCmag

Il peut bénéficier de l’appui du Président Donald Trump, le mégaprojet Stargate d’OpenAI et son investissement astronomique de 500 milliards de dollars ne semble plus faire recette à Wall Street. Pour preuve, JP Morgan Chase peine à trouver des investisseurs intéressés par le service de la dette pour garantir les deux premiers datacenters. Et il faut en financer cinq !

Ces premiers datacenters entièrement financés, nous affirme-t-on, profitant d’une levée de fonds de 38 milliards de dollars. Mais ces méga projets commencent à réclamer encore plus de fonds… Ce qui semble inquiéter les experts de JP Morgan Chase.

C’est Oracle qui dans le projet Stargate fournit les infrastructures des datacenters. Mais là aussi le doute émerge. L’organisme de notation S&P Global s’apprêterait à abaisser sa note de solvabilité sous BBB. Ce qui se traduirait par le classement d’Oracle dans les entreprises à haut risque… et par une augmentation sensible du coût des emprunts.

Que reproche-t-on à ces méga projets d’IA, au-delà de l’extravagance des fonds investis ?

Plus que le foncier et les infrastructures de datacenters, c’est aux GPU que revient cette responsabilité. Trop chers, bien sûr, mais surtout ils offrent une marge de manœuvre trop réduite pour atteindre la rentabilité.

Le rapidité des progrès technologiques les rend obsolètes avant même qu’ils équipent les salles IT et les serveurs. Il faut 10 ans en moyenne pour amortir les composants d’une infrastructure d’IA, mais c’est beaucoup trop long, voire irréaliste quand la durée de vie physique d’un datacenter doit désormais se mesurer au maximum entre 3 et 10 ans.

Cela impose de réviser à la hausse le seuil de rentabilité ; de réaliser un chiffre d’affaires s’exprimant en centaines de milliards de dollars, et non plus de dizaines, afin a minima de couvrir les frais d’investissement ; et de bénéficier d’une marge brute d’au moins 25 %. Et cela dès cette année, sur un marché où les acteurs cherchent encore des modèles économiques, à défaut de modèles d’usages qui marchent !

Quant à l’échelle des projets, elle ne risque pas de faciliter les analyses, pour peu qu’elles soient compréhensibles pour les analystes. Autant dire que si le modèle économique n’est pas viable immédiatement, c’est tout un secteur qui risque fort de s’effondrer !

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