Alors que Singapour étouffe sous la contrainte foncière, et pour répondre à la montée des besoins en capacité cloud, Keppel Data Centres lance les premiers travaux de son Floating Data Centre Park (FDCP), une infrastructure flottante unique au monde, conçue pour délester la terre de ses datacenters tout en poussant l’efficacité énergétique et la durabilité.
Un complexe flottant modulaire
À l’origine de ce projet, une idée simple mais audacieuse : remplacer des bâtiments massifs sur la côte par une flottille de barges modulaires ajoutées au fur et à mesure de la demande des hyperscalers, chacune dédiée à un bloc de 10 MW environ, agencées comme un campus sur l’eau. Ces modules sont préfabriqués dans les chantiers navals de Keppel Offshore & Marine, puis assemblés en mer selon un modèle “plug‑and‑play”, ce qui réduit drastiquement les délais de construction et l’empreinte carbone des travaux.
Emplacement ciblé : le Loyang Offshore Supply Base, base portuaire opérée par Toll Group, à l’est de l’île.
Refroidissement par eau de mer et logique carbone
Face à la densité des serveurs qui génère des températures importantes, Keppel entend exploiter directement l’environnement maritime. Le refroidissement s’exécute par utilisation d’eau de mer, ce qui supprime une grande partie de la consommation d’eau douce traitée. En synergie avec le gaz, le campus flottant pourrait bénéficier de l’énergie froide issue de la régazéification du GNL, intégrée à l’infrastructure GNL voisine, ce qui permettra de récupérer des calories “gratuites” pour le refroidissement.
Sur le papier, Keppel évoque une économie de coûts de l’ordre de 20 à 50% par rapport à un datacenter classique sur terre, combinée à une réduction significative de l’impact carbone par module grâce à la construction hors site et à l’optimisation des flux thermiques.
Énergie : GNL, hydrogène et décarbonation
Singapour produit environ 95% de son électricité à partir de gaz naturel, importé ou géré via son propre terminal GNL. Le FDCP s’inscrit dans cette logique, mais avec une ambition à plus long terme : servir de cobaye pour la transition énergétique. Un module flottant dédié livrera du gaz liquéfié pour alimenter les groupes électrogènes et les centrales embarquées, sans recourir au réseau national.
Keppel a également signé un mémorandum avec Mitsubishi Heavy Industries Asia Pacific pour explorer une centrale tri‑génération (électricité, chaleur, froid) à base d’hydrogène, qui pourrait alimenter à terme le FDCP ou des datacenters voisins.
L’objectif est de démontrer que les datacenters, même à très grande intensité, peuvent évoluer vers une consommation d’énergie décarbonée, combinant GNL comme transition et hydrogène comme horizon.
Un symbole de la souveraineté numérique de Singapour
Keppel n’imagine pas son FDCP comme une simple installation de secours, mais comme un nœud stratégique pour la connectivité paneuropéenne et asiatique. Directement relié aux câbles sous‑marins qui relient Singapour à l’Europe, l’Inde, l’Australie et l’Asie-Pacifique, le datacenter permettrait de réduire la latence pour les opérateurs internationaux. Et d’un point de vue spatial, il libère des dizaines, voire centaines d’hectares sur la côte, ce qui est stratégique pour une ville‑État où chaque mètre carré se compte.
Le projet est en phase de déploiement, mais les bases sont posées : approbation réglementaire, études d’impact environnemental bouclées, et financement et partenariats structurés avec des acteurs de l’écosystème énergétique. Et la combinaison modulaire + flottant + refroidissement par eau + GNL/hydrogène vise à être industrialisable pour d’autres ports qui souhaitent cesser de lutter contre la géographie contrainte.

