Le duo gaz + batteries s’impose, et peu importe l’environnement !

Pour alimenter l’explosion de l’IA, les datacenters combinent de plus en plus batteries et centrales au gaz, une alliance inattendue qui accélère les mises en service mais alourdit aussi l’empreinte climatique.

Selon BloombergNEF, 4,9 GW de stockage d’énergie annoncés sont déjà couplés à une production fossile sur site, soit environ 32 % de la capacité mondiale annoncée de batteries de data centers sur site.

Le sujet n’est plus seulement technique, il est devenu stratégique. D’après une étude de BloombergNEF reprise par Fortune, l’attente moyenne aux États-Unis pour obtenir de l’électricité du réseau atteint désormais quatre ans pour certains projets, ce qui pousse les développeurs à bâtir leurs propres centrales derrière le compteur. Ce contournement du réseau est devenu particulièrement attractif pour les hyperscalers, car les batteries compensent les limites des turbines à gaz, notamment leur lenteur à monter en charge.

L’essor d’un modèle hybride

Cette combinaison gaz et batteries répond à un besoin précis : fournir une puissance stable, rapide et très fiable. A l’exemple de projets majeurs comme Colossus, le supercalculateur d’xAI à Memphis, où des Tesla Megapacks sont installés près de turbines à gaz dans une centrale hors réseau de 1,2 GW. Ou de Pacifico Energy qui au Texas prévoit 1,8 GW de stockage par batteries pour accompagner 7,65 GW de production au gaz dans son projet GW Ranch.

Les industriels s’adaptent vite à ce marché. Caterpillar et GE Vernova ont annoncé des produits ou partenariats liant stockage et gaz, signe que cette architecture devient un segment à part entière. BloombergNEF estime aussi que le stockage soutiendra 9,8 GWh de production au gaz dans les data centers d’ici 2030.

Des chiffres qui frappent

Les ordres de grandeur donnent la mesure du phénomène. En Indiana, NIPSCO construit deux centrales au gaz de 1,3 GW chacune, plus 400 MW de stockage, pour alimenter de futurs datacenters Amazon. Dans le Michigan, DTE Electric prévoit six systèmes de stockage pour accompagner un datacenter Oracle de 1,4 GW, avec un gain annoncé de 25 % sur la capacité de ses moyens de production.

Le cas d’xAI illustre la tendance la plus spectaculaire. Le site de Memphis s’inscrit dans une logique d’autonomie énergétique, avec batteries et gaz pour absorber les pics de charge et sécuriser la continuité de service. En parallèle, certains projets affichent une disponibilité visée supérieure à 99,99%, comme GW Ranch.

Un pari environnemental contesté

Cette solution a un coût environnemental clair. L’usage accru du gaz augmente les émissions et la pollution locale, ce qui explique les recours juridiques visant le site de Memphis et les critiques sur les permis d’air accordés au projet texan. Même si les opérateurs mettent en avant des turbines plus efficaces et des systèmes de contrôle des émissions, le principe reste celui d’une infrastructure fossile prolongée par le stockage.

Le paradoxe est frappant : les batteries, pensées à l’origine comme un levier de décarbonation, servent désormais aussi à rendre le gaz plus flexible et plus rentable. Autrement dit, l’IA accélère non seulement la demande d’électricité, mais aussi l’émergence d’un modèle hybride où la rapidité d’exécution prime souvent sur le climat.

à lire