Accord SoftBank et Schneider Electric : l’interview d’Hélène Macela-Gouin, Vice-Présidente Secure Power et Data Centers Business de Schneider Electric France

Comprendre la portée stratégique, industrielle et énergétique de l’accord.

L’accord annoncé à l’occasion de Choose France 2026 prévoit un partenariat technologique et industriel entre Schneider Electric et SoftBank Group, qui marque une étape majeure pour les infrastructures d’IA en France. Schneider Electric y joue un rôle industriel central, notamment via une future usine de modules préfabriqués « power module » à Dunkerque. Nous avons échangé avec Hélène Macela-Gouin, vice-présidente Secure Power et Data Centers Business de Schneider Electric France.

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DCmag – L’annonce d’un partenariat technologique et industriel entre Schneider Electric et SoftBank Group à Choose France 2026 a retenu l’attention. Quel est le sens de cet accord ?

Hélène Macela-Gouin – Cet accord est très structurant. SoftBank a confirmé un plan d’investissement massif pour développer des infrastructures d’IA en France, avec Schneider Electric comme partenaire technologique et industriel de référence. C’est une reconnaissance forte de notre capacité à accompagner des projets d’une telle ampleur.

Ça s’appelle un « supply capacity agreement ». C’est une structure de deal qui est assez classique aux États-Unis, mais qui est nouvelle en Europe. Pour pouvoir avoir la capacité de supply nécessaire, SoftBank fait appel à Schneider Electric comme partenaire technologique et industriel pour fournir le data center en « power module » (modules électriques préfabriqués). C’est assez similaire aux deals que nous avons passés aux États-Unis, par exemple avec Compass, sur lesquels effectivement à partir d’une certaine taille, la capacité industrielle est fondamentale pour arriver à accélérer et à fournir en temps et en heure un site de grande taille.

On parle de chiffres impressionnants. Que faut-il en retenir concrètement ?

Il faut retenir deux éléments clés : une première phase de 45 milliards d’euros, puis un potentiel total allant jusqu’à 75 milliards. Le projet vise 5 GW de capacité de datacenters dédiés à l’IA, ce qui en fait l’un des plus importants du genre en Europe. Nous sommes un partenaire industriel et technologique, c’est-à-dire que nous travaillons ensemble sur les architectures et puis nous fournissons l’ensemble du matériel power module préfabriqué au data center. Mais on ne change pas de positionnement dans la chaîne de valeur.

Quel est précisément le rôle de Schneider Electric dans ce partenariat ?

Nous intervenons sur les infrastructures énergétiques nécessaires au fonctionnement des datacenters, avec un rôle de conception et de fourniture des modules d’alimentation électrique. L’objectif est de permettre un déploiement rapide, fiable et industrialisé. Le projet prévoit aussi une usine de modules de datacenters préfabriqués sur le port de Dunkerque, que nous exploiterons.

Cette implantation à Dunkerque a-t-elle une portée particulière ?

Oui, car elle ancre le projet dans un territoire industriel français et renforce la chaîne de valeur locale. Les équipements et modules nécessaires au projet seront produits en partie en France et en Europe, ce qui donne une vraie dimension industrielle au partenariat. Cela dépasse largement une simple annonce financière.

Il y a des intégrateurs en France, que l’on continue d’utiliser. Mais sur ces sites en gigawatt, des sites d’une telle taille, finalement les intégrateurs français n’ont pas forcément la volonté ou en tout cas la compétence ou la capacité d’aller fournir plusieurs gigawatts de préfabriqué. Les annonces avec Softbank sont une conséquence du changement d’échelle.

Pourquoi l’énergie est-elle au cœur d’un projet comme celui-ci ?

Parce que les datacenters d’IA consomment énormément d’électricité et nécessitent des infrastructures très robustes. L’atout de la France, c’est une électricité décarbonée et structurellement excédentaire, ce qui attire les grands projets de ce type. Sans cette base énergétique, un déploiement de cette taille serait beaucoup plus difficile.

Cela change-t-il la façon de concevoir les infrastructures ?

Oui, complètement. Il faut penser à la puissance, au refroidissement, à la sécurité et à la vitesse d’exécution en même temps. C’est une approche industrielle intégrée, où l’énergie devient un facteur déterminant de compétitivité. D’un point de vue power module, c’est du préfabriqué de la chaîne électrique qui couvre l’ensemble de la chaîne, de la moyenne tension jusqu’à l’onduleur, toute la partie salle grise comme on dit habituellement.

Est-ce que ça va aussi accélérer la phase finale de mise à disposition, tout ce qui relève du commissioning ?

Oui, parce qu’en fait, il y a une question d’accélération du moment où interviennent chacun des métiers. Il y a surtout une question de phases sur site, c’est-à-dire de présence de nombreux profils de main-d’œuvre. Effectivement, cela permet déjà de centraliser le travail, d’anticiper la compétence et d’accélérer le séquencement sur site.

Vous avez d’autres partenariats industriels marquants, à l’exemple de Nvidia

Il est évident que notre R&D travaille à ce que nos architectures soient compatibles avec les GPU du futur. Encore une fois, on a l’impression que ce deal est énorme. Mais aux États-Unis, nous déployons chaque année des deals de ce type. C’est le cas avec des architectures Nvidia, et d’autres. D’un point de vue français, c’est disruptif parce que je dirais que nous avons un décalage en gros de 3 à 5 ans avec la taille que l’on voit aux États-Unis. Notre partenariat avec Nvidia relève exactement du même principe, on travaille à ce que nos architectures soient compatibles avec tous les GPU Nvidia. Et la différence avec nos concurrents, c’est que nous sommes les seuls à proposer le jumeau numérique de bout en bout. Le fait d’avoir dès le départ une conception en jumeau numérique apporte une grosse valeur au système, que ce soit pour la conception, la construction et l’exploitation.

Quel signal cette annonce envoie-t-elle à l’international ?

Elle montre que la France peut accueillir des investissements majeurs sur les infrastructures d’IA et les faire émerger rapidement. Dans le cadre de Choose France 2026, le sommet a totalisé 93 milliards d’euros d’annonces d’investissements étrangers, avec une place importante accordée à l’IA. C’est un signal très fort de confiance. Notre vocation, c’est d’intégrer l’ensemble des équipements qu’on peut fabriquer dans d’autres usines, dont beaucoup sont françaises, sur ce site de Dunkerque, de les vendre à SoftBank.

Peut-on parler d’un effet de filière et d’entraînement ?

Oui, car ce type d’accord tire tout un écosystème : énergie, industrie, ingénierie, logistique et territoires. Il renforce aussi la visibilité de la filière datacenter en France. Au-delà du projet SoftBank, c’est toute une chaîne de valeur qui est mobilisée. Notre cœur de vocation chez Schneider Electric, c’est l’animation d’une filière d’électriciens, d’intégrateurs, de contractants généraux, etc. Pour autant, la réalité, c’est qu’on le fait déjà, et sur l’ensemble de nos gros projets, et sur l’ensemble de nos usines. D’ailleurs, nous avons toujours un écosystème très fort dans les territoires.

Donc effectivement, on s’inscrit dans cette dynamique, avec nos gouvernements, les autorités locales, régionales, etc., qui favorisent à la fois l’installation de data centers et qui essaient de travailler au développement d’une filière. Schneider est une entreprise française qui a plus de 20 usines en France, qui a 100 sites, qui a 15 000 personnes. Donc nous considérons que nous sommes bien positionnés pour être assez solides pour quelque part gérer ce ramp-up.

Tout compris, nous avons 20 GW potentiellement que l’on peut installer en France. La réalité, c’est qu’ils installent peut-être presque autant aux États-Unis chaque année. Nous devons vraiment faire cette bataille du temps et de la simplification. et c’est ce que nous essayons de faire avec cette usine, nous mettre en ordre de marche pour accélérer.

Il y a cependant quelque chose qui me dépasse toujours un peu, c’est de dire qu’un data center ne crée pas d’emploi en lui-même, et je suis totalement en désaccord avec ça. Pour moi, le data center, c’est comme une usine, hautement digitalisée, et qui crée plein d’emplois induits que sont la construction, l’installation, les compétences, les électriciens, la maintenance… les emplois industriels derrière. C’est une notion de filière qu’il faut mettre en avant.

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