L’IA de nouvelle génération entre dans l’ère des mégainfrastructures. Foxconn annonce le basculement du secteur en avançant un chiffrage jusqu’à 47 milliards de dollars d’investissement pour un data center IA de 1 GW basé sur Nvidia Vera Rubin. L’infrastructure devient un projet industriel de puissance, de réseau et de capital immobilisé.
Changement d’échelle sur le coût des data centers d’IA. Selon Foxconn, un site d’1 GW utilisant Vera Rubin nécessiterait jusqu’à 47 milliards de dollars d’investissement, répartis sur environ 3 557 racks facturés autour de 9,1 millions de dollars pièce. Le même chiffrage évoque une consommation électrique annuelle d’environ 1,3 milliard de dollars, avec une dépréciation matérielle annoncée comme six fois supérieure à cette facture.
Ce n’est pas un simple effet d’annonce : Bernstein aboutit au même ordre de grandeur en dissociant environ 32 milliards pour les racks et 15 milliards pour l’infrastructure physique.
Cette structure de coûts montre que le poste “serveurs” absorbe désormais l’essentiel du budget initial, bien plus que les bâtiments eux-mêmes. Le site devient un assemblage de puissance électrique, de refroidissement, d’interconnexion et de capital GPU, avec des actifs qui s’amortissent vite dans un marché où les générations de matériel se succèdent à grande vitesse.
Pourquoi Vera Rubin pèse si lourd ?
Le saut de coût tient à l’architecture elle-même. Nvidia présente Vera Rubin NVL72 comme une plateforme rack-scale intégrant 72 GPU Rubin et 36 CPU Vera, conçue pour des charges d’IA à grande échelle. Soit un rack de 220 kW, avec un coût unitaire autour de 9,1 millions de dollars.
Cette montée en densité a deux conséquences immédiates. D’une part, le refroidissement devient un sujet de conception de premier ordre, car la dissipation thermique suit la densité électrique. D’autre part, l’infrastructure réseau interne et la disponibilité des composants critiques deviennent des sujets de supply chain, pas seulement d’architecture IT. Les tensions sur la mémoire LPDDR et HBM sont d’ailleurs citées comme un futur goulot d’étranglement potentiel.
Autrement dit, un gigawatt de capacité ne correspond plus à un simple foncier bien alimenté, mais à une quasi-usine de semi-conducteurs installés dans des halls industriels très denses.
Une économie dominée par l’énergie et l’amortissement
Le point le plus révélateur du chiffrage Foxconn n’est pas le montant du capex, mais le rapport entre amortissement et énergie. Si la dépréciation matérielle représente six fois la facture électrique, alors la valeur du site dépend avant tout de la vitesse à laquelle le matériel est mis au travail avant de vieillir. Dans ce modèle, l’électricité reste chère, mais elle n’est plus le premier poste de risque financier.
Cela crée une pression nouvelle sur les opérateurs : sécuriser le raccordement, remplir le site vite, et faire tourner les racks à un taux d’utilisation élevé pour diluer un amortissement extrêmement lourd. À l’échelle d’un gigawatt, le moindre retard de mise en service devient une perte de valeur considérable, car l’infrastructure immobilisée ne produit pas encore de revenu tandis que le matériel, lui, se déprécie déjà.
Foxconn lance un signal fort
Le message envoyé par Foxconn décrit l’IA de nouvelle génération qui n’est plus un marché de salles serveurs, mais un marché d’infrastructures de plusieurs dizaines de milliards de dollars par gigawatt. Cette inflation du ticket d’entrée renforce mécaniquement les acteurs capables de financer, construire et connecter très vite des sites géants. Elle accentue aussi la dépendance aux industriels du réseau, de l’énergie, du refroidissement et du packaging avancé.
Derrière le chiffre de 47 milliards de dollars, il faut donc lire une recomposition du pouvoir industriel. Le centre de gravité se déplace vers ceux qui savent coordonner électricité, foncier, supply chain et amortissement accéléré, dans un contexte où l’Europe dispose d’atouts énergétiques réels mais reste bridée par ses délais de raccordement. En pratique, la compétition ne porte plus seulement sur le prix du kWh, mais sur la disponibilité immédiate d’un nœud réseau, d’un foncier compatible et d’une trajectoire réglementaire lisible.
Le débat n’est donc plus de savoir si l’IA consomme beaucoup : il est de savoir qui peut encore raccorder assez vite pour la faire tourner avant que l’économie du site ne se soit déjà déplacée vers la génération suivante. C’est précisément là que se joue l’arbitrage territorial. Les anciens sites électriques, les corridors déjà armés et les emprises industrielles deviennent des actifs stratégiques, car ils réduisent les délais de permis et de raccordement.

