Orange serait sur le point d’ouvrir le capital de ses data centers

Orange cherche à monétiser ses data centers sans les brader. Le groupe est en train d’ouvrir le capital de ses quatre data centers français à un investisseur minoritaire, dans une opération qui pourrait rapporter plusieurs centaines de millions d’euros et financer son virage vers l’IA. Les éléments disponibles suggèrent une logique de monétisation d’actifs plutôt qu’une vente sèche, avec l’enjeu de transformer des infrastructures télécoms en levier de financement pour des investissements plus lourds et plus rapides.

Orange a mandaté Evercore dès fin 2024 pour étudier l’ouverture du capital de ses data centers en France, et le processus serait désormais proche de son terme. Trois fonds d’infrastructures resteraient en lice — Vauban Infrastructure Partners, Macquarie et Morrison — avec Morrison en meilleure position, pour une prise de participation comprise entre 40 % et 49 % dans quatre sites situés en France.

Le montant attendu n’est pas arrêté, mais les sources évoquent « plusieurs centaines de millions d’euros ». Bloomberg a évoqué un objectif de 400 à 500 millions d’euros pour une participation pouvant aller jusqu’à 50 % dans certains actifs français.

Le calendrier de l’opération est lié à un besoin d’investissement plus large. Orange veut renforcer sa présence dans l’IA, et l’argent dégagé par cette opération doit servir à financer cette montée en puissance. C’est un mouvement cohérent avec la logique des grands opérateurs : céder une part d’infrastructures matures, peu risquées et relativement prévisibles en cash-flow, pour réallouer le capital vers des briques jugées plus stratégiques ou plus différenciantes. Orange a d’ailleurs déjà appliqué ce schéma à d’autres actifs, comme les tours mobiles avec Totem. Et plus généralement les opérateurs télécoms européens y trouvent un relais pour réduire la dette, dégager de la valeur et externaliser une partie des besoins de financement.

Cette logique attire les fonds d’infrastructures, qui recherchent des actifs essentiels, longs, réglementés et générateurs de revenus récurrents. Mais elle pose aussi une question de fond : jusqu’où un opérateur peut-il fragmenter ses actifs critiques sans perdre en maîtrise opérationnelle, surtout quand ses propres services dépendent directement de ces infrastructures ?

Cette opération, si elle se confirme, ne ressemble pas à une simple vente opportuniste. Elle traduit plutôt la volonté d’Orange de faire émerger un modèle hybride : conserver les usages stratégiques, partager la valeur d’actifs matures et libérer du capital pour des investissements plus offensifs dans l’IA et le numérique. Les data centers ne sont plus seulement des boîtes techniques. Ils deviennent des instruments financiers et stratégiques, au croisement de l’énergie, de la souveraineté numérique et de la discipline de bilan.

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