Des data centers offshore alimentés par les vagues

La société écossaise Mocean Energy pousse une idée à contre-courant du boom IA : installer des data centers offshore, alimentés par l’énergie des vagues, le solaire et des batteries, afin d’échapper aux contraintes de raccordement, de foncier et de refroidissement qui freinent les projets à terre. Le concept Blue Core vise d’abord des charges d’IA en inférence, avec un premier démonstrateur attendu à partir de 2030.

  • Image d’en-tête : les centrales d’énergie houlomotrice de Mocean Energy

Mocean présente Blue Core comme une plateforme de calcul autonome en mer, conçue pour fonctionner sans connexion au réseau électrique terrestre et sans consommation d’eau douce pour le refroidissement. L’architecture combine énergie houlomotrice, solaire et stockage, avec un échange thermique direct avec l’océan.

Le discours est cohérent avec la trajectoire de Mocean, qui développe déjà depuis plusieurs années des systèmes d’alimentation offshore pour des actifs sous-marins et des opérations en mer. L’entreprise dit vouloir capitaliser sur cette base technique pour passer du monde de l’énergie offshore à celui de l’infrastructure numérique. Ce déplacement du problème vers la mer n’efface cependant pas la complexité : il la déplace.

Ce que promet Blue Core

Les éléments communiqués par Mocean donnent une première idée du positionnement du projet. Blue Core serait un système modulaire, capable de regrouper plusieurs unités pour former des fermes de serveurs au large. La gamme évoquée va d’unités de 500 kW à 1 MW sans raccordement au réseau, avec une montée en échelle par assemblage. Mocean avance aussi un objectif de 6 GW à dix ans, qu’elle présente comme environ 2 % de la demande projetée des data centers d’IA.

La société affirme que le refroidissement pourrait descendre à environ 5 % du budget énergétique, contre 15 % à 35 % pour des sites terrestres, grâce à un circuit fermé utilisant l’océan comme puits thermique. Cet écart, s’il se confirmait en exploitation, constituerait un avantage sérieux dans un secteur où l’eau, l’énergie et les temps de mise en service deviennent des variables critiques. Mais il faut garder une prudence méthodologique : il s’agit pour l’instant d’estimations de l’industriel, pas de données d’exploitation indépendantes à grande échelle.

Un projet en devenir

Le projet Blue Core se structure autour de quelques jalons chiffrés qui éclairent son ambition comme ses limites. Le premier démonstrateur offshore et les premiers déploiements commerciaux sont visés à partir de 2030. Mocean mène par ailleurs un tour de financement pré-Series A de 5 millions de livres sterling, dont plus de la moitié aurait déjà été sécurisée. En parallèle, l’entreprise indique que son système offshore Blue Star a déjà passé 18 mois d’essais en mer à l’échelle réelle.

Le principal argument du projet est que la mer offre de la place, de l’eau de refroidissement et une forme d’indépendance vis-à-vis des réseaux saturés. Pour des opérateurs confrontés à des délais de raccordement de plusieurs années, l’attrait est évident. Mocean met aussi en avant une logique de déploiement modulaire, censée réduire les mégaprojets et permettre des ajouts progressifs de capacité.

Mais l’environnement marin impose ses propres contraintes. Corrosion, fatigue mécanique, maintenance sous météo dégradée, moorings, logistique d’intervention, continuité satellite et disponibilité des pièces détachées sont autant de sujets qui renchérissent la complexité d’exploitation. La promesse d’un data center plus simple parce qu’il est loin du rivage est trompeuse : on remplace un problème d’urbanisme et de raccordement par une équation d’ingénierie offshore beaucoup plus exigeante. L’argument de la souveraineté, mis en avant par Mocean lorsqu’elle évoque des fermes installées dans les eaux nationales, ajoute une dimension politique, mais n’annule pas les dépendances technologiques ni réglementaires.

Le vrai test sera économique : le coût complet de possession d’une plateforme en mer devra rivaliser non seulement avec un data center classique, mais avec les alternatives terrestres déjà optimisées. En l’état, Mocean Energy place un pari ambitieux sur une idée simple : si le réseau ne peut pas suivre l’IA, alors il faut amener le calcul là où l’énergie et le refroidissement sont disponibles. L’intuition est forte, la démonstration reste à faire.

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