Spécial guerre – La guerre invite à la réévaluation des risques sur les projets de datacenters

La guerre en cours pourrait marquer une rupture pour l’industrie des datacenters, principalement au Moyen-Orient. Elle révèle que les infrastructures numériques, cœur de l’économie de l’IA et du cloud, sont désormais des actifs stratégiques exposés aux tensions géopolitiques. Pour les opérateurs et les investisseurs, l’enjeu n’est plus seulement la capacité de calcul ou l’accès à l’énergie, mais la capacité à concevoir des infrastructures capables de résister à un environnement géopolitique instable.

Tribune par Yves Grandmontagne, Rédacteur en chef de DCmag

La guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à leurs alliés marque un tournant pour l’industrie des infrastructures numériques. Pour la première fois, un hyperscaler a vu ses infrastructures physiques touchées dans un contexte de guerre. Ces événements récents, les frappes de drones ayant touché des installations cloud dans le Golfe, ont montré que les infrastructures numériques peuvent devenir des cibles directes dans un conflit régional.

Réévaluer le risque des datacenters

Perçu comme un marché stratégique et relativement stable pour les investissements cloud et IA, avec la guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à leurs alliés, le Moyen-Orient fait désormais l’objet d’une réévaluation majeure du risque par les opérateurs et les investisseurs de datacenters.

Le choc pour l’industrie est venu au début de ce mois de mars, lorsque plusieurs datacenters d’AWS ont été endommagés par des frappes de drones en réaction aux attaques contre l’Iran. Deux installations situées aux Émirats arabes unis ont été directement touchées, tandis qu’un site au Bahreïn a subi des dégâts collatéraux, provoquant des pannes et des perturbations de services cloud dans la région.

Ces incidents constituent un précédent majeur : pour les opérateurs et les investisseurs, ils confirment que les datacenters, longtemps considérés comme des infrastructures civiles neutres, peuvent désormais être intégrés aux logiques de confrontation stratégique.

Un nouveau profil de risque pour les investisseurs

La guerre modifie profondément la perception du risque pour les projets de datacenters :

  • Risque militaire et physique, les attaques contre des installations cloud montrent que les infrastructures numériques peuvent être touchées par des frappes, drones ou sabotages. Cette réalité transforme la conception des sites, qui doivent désormais intégrer des mesures de protection physique avancées.
  • Risque énergétique, les perturbations du transport de pétrole et de gaz dans le détroit d’Ormuz pourraient faire grimper les coûts énergétiques et affecter l’exploitation des datacenters.
  • Risque d’infrastructure numérique, avec la dépendance aux câbles sous-marins reliant l’Europe, l’Asie et l’Afrique. La coupure de quelques câbles peut perturber une grande partie du trafic internet régional.
  • Risque d’approvisionnement technologique, la guerre pourrait également perturber les chaînes d’approvisionnement en composants critiques pour l’industrie des semi-conducteurs et les infrastructures numériques.

    Vers des datacenters forteresses

    Face à ces nouveaux risques, l’architecture des projets évolue rapidement. Les opérateurs envisagent désormais des datacenters plus résilients, avec des structures renforcées contre les explosions, des systèmes de détection et de neutralisation de drones, des sources d’énergie autonomes, et une redondance accrue entre régions cloud.

    Cette transformation marque un passage d’un modèle centré sur l’efficacité économique à un modèle axé sur la résilience géopolitique.

    Pour autant, les investissements devraient se poursuivre

    Malgré ces tensions, les infrastructures numériques devraient rester attractives. En particulier pour les États du Golfe qui disposent d’importants fonds souverains et continuent de soutenir des projets de transformation numérique à grande échelle.

    Cependant, la guerre pourrait conduire à un marché plus fragmenté, plus coûteux et davantage contrôlé par les États, où la souveraineté numérique et la sécurité nationale pèseront davantage dans les décisions d’investissement.

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