La Suisse entre dans la bataille des cross-connects

Le fournisseur suisse Init7 est entré en conflit avec Digital Realty, dont il conteste les pratiques et dénonce des prix qu’il estime abusifs sur les cross-connects, la connectivité interne des data centers? Des liaisons pourtant simples sur le plan technologique qui deviennent au travers de ce conflit un enjeu stratégique.

Le marché des data centers suisses, parmi les plus denses d’Europe, est aujourd’hui le théâtre d’un conflit discret mais structurant : celui du coût et du contrôle des interconnexions internes, les cross-connects. Derrière ces simples câbles se cache un enjeu économique majeur pour l’écosystème numérique.

Une infrastructure critique mais opaque, aux coûts jugés excessifs

Dans tout data center, les échanges entre opérateurs télécoms, fournisseurs cloud ou entreprises clientes reposent sur une connectique spécifique : les cross-connects, liaisons internes entre baies ou entre réseaux. Ces connexions physiques, essentielles à la circulation des données, constituent une couche invisible mais indispensable de l’infrastructure numérique.

D’un point de vue technique, un cross-connect correspond souvent à un simple câblage fibre ou cuivre sur une courte distance intra-site. Par contre, un point de friction concerne les tarifs appliqués à ces cross-connects, dont la tarification reposerait davantage sur une logique de rente d’infrastructure que sur une logique de coût marginal.

Selon plusieurs acteurs du marché, les opérateurs de data centers facturent ces connexions à des niveaux élevés, sans toujours refléter les coûts techniques réels.

Accusations de position dominante

Au-delà des prix, la controverse porte sur une possible situation de quasi-monopole. Certains exploitants de data centers contrôlent entièrement l’accès physique aux infrastructures internes, ce qui leur permet d’imposer leurs conditions aux opérateurs tiers.

Le différend entre Init7 et Digital Realty illustre cette tension : l’accès au client final dépend du propriétaire du site, qui devient un intermédiaire incontournable — et potentiellement dominant. Cette configuration rappelle des problématiques classiques des télécoms : contrôle du dernier kilomètre, barrières à l’entrée, et dépendance des fournisseurs alternatifs.

Ce qui pourrait apparaître comme un détail technique — quelques mètres de fibre optique — révèle en réalité un levier stratégique majeur dans l’économie des data centers. La bataille des cross-connects en Suisse illustre une transformation plus large : la valeur ne réside plus seulement dans l’hébergement ou l’énergie, mais dans la maîtrise des flux de données. À mesure que les architectures numériques deviennent plus distribuées et interconnectées, le contrôle de cette couche physique pourrait bien devenir l’un des principaux champs de concurrence du secteur.

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