En Irlande, près de Dublin, l’entreprise énergétique AVK associée à Pure Data Centres va construire le premier data center européen produisant sa propre énergie via un microgrid indépendant.
L’Irlande illustre la tension énergétique que peuvent faire peser les data centers sur un pays. Si l’Irlande est devenu l’un des principaux pôles européens pour les data centers, ces infrastructures consommaient déjà environ 22 % de l’électricité nationale en 2024, ce qui a suscité des inquiétudes sur la capacité du réseau à suivre la croissance du secteur, et un moratoire contraignant pour les projets de data centers.
Le moratoire invite en particulier les opérateurs de data centers à chercher s’approvisionner autrement en énergie. La Commission for Regulation of Utilities (CRU) – le régulateur énergétique irlandais – a introduit de nouvelles règles pour les futurs projets, notamment : l’obligation de disposer de capacités de production pilotables (dispatchable power) ; l’intégration de stockage énergétique ; la couverture d’au moins 80 % de la consommation annuelle par de l’électricité renouvelable produite en Irlande. Autant d’exigences qui incitent les développeurs de data centers à intégrer des infrastructures énergétiques directement dans leurs projets.
C’est pour répondre à ce problème que l’entreprise énergétique AVK s’est associée à Pure Data Centres afin de construire un data center fonctionnant sur un microgrid indépendant, près de Dublin. Ce type de système énergétique local, le premier en Europe, peut produire, stocker et distribuer l’électricité directement sur site, permettant à l’installation de fonctionner même sans connexion au réseau principal.
Le site, qui représente environ 1 milliard d’euros d’investissement, dispose d’une capacité électrique d’environ 110 MW. Il est actuellement alimenté par des moteurs au gaz naturel, mais pourrait également utiliser des carburants alternatifs comme l’huile végétale hydrotraitée (HVO).
À terme, l’installation pourrait être connectée au réseau et fournir des services énergétiques au système électrique local, notamment via jusqu’à 20 MW de stockage batterie destinés à équilibrer le réseau.
Repenser l’approvisionnement énergétique des data centers
Pour les opérateurs, le microgrid représente avant tout un moyen de réduire les délais de déploiement. Sans cette solution énergétique autonome, le projet de Pure Data Centres aurait dû attendre plusieurs années avant d’obtenir une connexion au réseau national.
Ce modèle pourrait se répandre rapidement dans les régions où la capacité électrique est limitée. Aux États-Unis, certains centres de données utilisent déjà des microgrids ou des systèmes énergétiques hybrides associant production locale, batteries et renouvelables.
Vers des datacenters autonomes ?
L’apparition de microgrids privés pourrait marquer le début d’un changement structurel dans l’industrie des data centers. Plutôt que de dépendre exclusivement des réseaux publics, les opérateurs pourraient développer des infrastructures énergétiques hybrides combinant production locale, stockage et renouvelables.
Si ce modèle se généralise, les data centers pourraient devenir non seulement des consommateurs d’électricité, mais aussi des acteurs du système énergétique, capables à terme de stabiliser ou de soutenir les réseaux électriques locaux.

