La méthode d’Oracle reste fidèle aux pratiques de son fondateur, Larry Ellison : par un simple message reçu dans leur boite mail, entre 20 000 et 30 000 employés d’Oracle ont appris leur licenciement, avec suppression de poste à effet immédiat. L’objectif est de supporter le développement de ses datacenters d’IA.
Oracle a engagé une restructuration d’ampleur mondiale pouvant affecter entre 20 000 et 30 000 employés – sans discussion préalable avec les ressources humaines, sans appel d’un responsable et sans préavis -, soit près de 18 % de ses effectifs globaux.
La direction d’Oracle a présenté ces réductions comme s’inscrivant dans un effort plus large de maîtrise des coûts croissants liés à ses ambitieux projets d’infrastructure d’IA, soulignant que l’IA est un moteur de gains de productivité et non le signe d’un déclin de l’activité sous-jacente. La réduction massive vise explicitement à libérer entre 8 et 10 milliards de dollars de cash-flow, réalloués à la construction et à l’expansion de datacenters d’IA.
Dans un contexte de concurrence accrue sur le marché du cloud et de l’intelligence artificielle – dominé par Amazon, Google et Microsoft -, Oracle prévoit des investissements colossaux, estimés jusqu’à 50 milliards de dollars sur une seule année et potentiellement plus de 150 milliards à terme pour son infrastructure cloud et IA.
Pour accompagner cette montée en puissance, la stratégie d’Oracle repose sur un arbitrage brutal : la substitution progressive de certaines fonctions humaines par des technologies automatisées. Le groupe assume désormais que l’IA peut produire du code et optimiser les cycles de développement avec moins de personnel, ce qui justifie la réduction des équipes, notamment dans les fonctions support et certaines activités de développement logiciel. Une logique industrielle qui transforme profondément la structure des emplois, privilégiant les profils liés à l’infrastructure, au cloud et aux modèles d’IA au détriment des métiers plus traditionnels.
Sur le plan financier, la stratégie d’Oracle soulève des interrogations. Malgré une croissance soutenue de la demande cloud, l’entreprise s’engage dans une phase d’investissements extrêmement capitalistiques, financés en grande partie par la dette et des levées de fonds. Oracle a contracté 58 milliards de dollars de nouvelles dettes au cours des deux derniers mois seulement et a levé 50 milliards de dollars par le biais d’une émission obligataire en février ! Cette intensité capitalistique pèse sur la rentabilité à court terme et inquiète certains investisseurs, d’autant que le retour sur investissement des infrastructures IA reste incertain dans un marché encore en structuration.
Stratégie de plus en plus difficile à soutenir jusqu’aux actionnaires d’Oracle, dont l’action a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis son pic de septembre dernier, malgré une hausse de 95 % de son bénéfice net au dernier trimestre, atteignant 6,13 milliards de dollars. Jouer sur la variable salariale demeure un levier efficace pour satisfaire ses actionnaires !
Oracle suit l’exemple de nombreux géants de la technologie, notamment Amazon, Meta, Dell, Ericsson, Meta, Salesforce et Telstra, qui ont tous récemment annoncé des réductions d’emplois… Pour Oracle, il s’agit de la plus importante vague de licenciements de son histoire. Et pour les entreprises du numérique, c’est la pire vague de suppressions d’emplois depuis la récession de 2009.

