Vers une standardisation des interconnexions de datacenters

Corning, AFL, Sumitomo et TeraHop annoncent la création d’un accord industriel structurant, le SDM4 MCF MSA, qui vise à standardiser l’usage de la fibre multicœur (MCF) dans les datacenters.

La montée en puissance des architectures d’IA — notamment les clusters GPU à grande échelle — impose une densification sans précédent des réseaux optiques. Le modèle de scale-out horizontal multiplie les interconnexions entre serveurs, racks et bâtiments, créant une pression critique sur les infrastructures fibre existantes.

Or, les fibres optiques traditionnelles à cœur unique atteignent aujourd’hui leurs limites physiques, en particulier dans les environnements à courte portée comme les interconnexions intra-datacenter (DCI) ou campus.

Dans ce contexte, la fibre multicœur apparaît comme une alternative crédible : elle permet de transmettre plusieurs signaux indépendants dans une seule fibre, augmentant la capacité sans multiplier les câbles.

Le SDM4 MCF MSA : un cadre industriel structurant

L’initiative portée par Corning, AFL, Sumitomo et TeraHop prend la forme d’un Multi-Source Agreement (MSA) baptisé SDM4 MCF MSA. Son objectif est de définir un cadre commun pour les fibres multicœurs à quatre cœurs, basé sur la technologie de Space Division Multiplexing (SDM).

Les promesses techniques de la fibre multicœur sont significatives. En intégrant plusieurs cœurs dans une fibre standard (125 µm), cette technologie permet jusqu’à 4× plus de capacité optique par fibre, une réduction drastique du nombre de câbles et connecteurs, et une simplification de l’installation et de la gestion des infrastructures.

Dans certains cas, cela peut se traduire par jusqu’à 75 % de câbles en moins, une baisse notable de la masse et de la complexité des faisceaux, et une amélioration de l’efficacité énergétique globale. Ces gains répondent directement aux contraintes des datacenters hyperscale, où l’espace, la consommation énergétique et la complexité opérationnelle deviennent critiques.

Concrètement, ce MSA vise à standardiser la conception des fibres (architecture à 4 cœurs), les performances optiques, les interfaces et la connectique, et les règles d’interopérabilité entre fournisseurs. L’ambition est claire : créer un écosystème multi-vendeur capable d’accélérer l’adoption industrielle de la MCF, tout en évitant la fragmentation technologique.

Une brique clé pour les architectures AI-native

Le SDM4 MCF MSA s’inscrit dans une transformation plus large des architectures réseau. L’industrie explore simultanément plusieurs leviers pour soutenir la croissance de l’IA : optiques débrochables à très haut débit, co-packaged optics,
commutation optique, et désormais multiplexage spatial via fibre multicœur.

Cette approche introduit une nouvelle dimension de scalabilité au niveau physique, complémentaire aux innovations côté équipements actifs. D’autant que la standardisation est un enjeu critique pour l’adoption. Malgré son potentiel, la fibre multicœur fait face à un obstacle majeur : l’absence de standards largement adoptés.

Le MSA vise justement à combler ce vide en définissant des spécifications communes, en facilitant l’interopérabilité entre équipements, et en servant de base aux travaux d’organismes comme l’ITU, l’IEC ou l’IEEE. Une étape est essentielle pour passer d’une technologie prometteuse à une solution déployable à grande échelle.

Perspectives : vers une industrialisation rapide

Les membres fondateurs prévoient de publier une première version des spécifications dans les prochains mois, avec le soutien attendu d’acteurs hyperscale. À terme, le consortium devrait s’élargir pour structurer un véritable écosystème autour de la MCF.

Dans un marché tiré par l’IA, où les besoins en bande passante explosent, la fibre multicœur pourrait devenir une technologie clé pour prolonger la durée de vie des infrastructures existantes, limiter les investissements en nouvelles conduites, et soutenir la montée en charge des data centers de nouvelle génération.

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