Le consortium Orange-Bouygues-Iliad a relevé son offre sur SFR à 20,4 milliards €

SFR, le démantèlement qui va redessiner les télécoms françaises : le consortium Orange-Bouygues-Iliad a relevé son offre sur SFR à 20,4 milliards d’euros, franchissant un seuil symbolique qui ouvre la voie à un possible retour de la France à trois opérateurs.

Le dossier SFR va-t-il entrer dans une phase décisive ? Bouygues Telecom, Orange et Iliad ont soumis une offre révisée valorisant l’activité à 20,4 milliards d’euros, après un premier rejet d’une proposition à 17 milliards l’an dernier. La répartition du prix serait de 42% pour Bouygues, 31% pour Iliad et 27% pour Orange.

SFR comptait encore environ 25 millions de clients au milieu de 2025, ce qui explique l’ampleur stratégique du dossier.

Une vente à la découpe très structurée

Le projet ne ressemble pas à un rachat classique, mais à un partage méthodique des actifs. Les trois groupes se répartiraient la majorité des clients mobile et fixe, tandis que l’activité B2B irait surtout à Bouygues, et l’assise réseau et spectre serait distribuée entre les trois partenaires. Par contre, le périmètre exclut notamment les participations dans Intelcia, UltraEdge, XP Fibre et les activités outre-mer d’Altice.

Cette architecture dit beaucoup du rapport de force. Patrick Drahi réclamait visiblement une valorisation proche de 20 milliards d’euros, ce qui explique qu’un ticket à 20,4 milliards puisse changer la donne. En pratique, l’offre ressemble moins à une fusion qu’à une opération de dépeçage organisé visant à absorber les actifs les plus rentables de SFR.

Le contexte financier d’Altice France reste central. La maison mère de SFR a réduit sa dette de 24,1 milliards à 15,5 milliards d’euros après restructuration, ce qui lui a donné davantage d’air pour envisager une vente.

Quant au volet social, il sera probablement le plus sensible. Des estimations syndicales évoquent 8 000 à 12 000 suppressions de postes, voire 70% des emplois menacés dans certains scénarios, avec une enveloppe d’environ 1 milliard d’euros évoquée pour les plans sociaux. C’est là que le discours de “consolidation responsable” se heurte le plus brutalement à la réalité industrielle.

Un pari sous surveillance

La vraie barrière n’est pas seulement financière, elle est réglementaire. Le marché français passerait de quatre à trois opérateurs, un schéma traditionnellement mal vu par les autorités de concurrence, en France comme à Bruxelles. Toutefois, le climat européen s’assouplit légèrement, avec davantage d’ouverture aux grands rapprochements au nom de la création de “champions” industriels.

C’est précisément ce qui rend l’opération ambiguë. Sur le papier, le consortium promet davantage d’investissements dans la résilience des réseaux, la cybersécurité et l’IA. Dans les faits, une concentration accrue peut aussi peser sur la concurrence, la pression tarifaire et, à terme, sur le pouvoir de négociation des consommateurs.

Si l’opération aboutit, elle marquera probablement la fin de SFR comme acteur autonome et un tournant majeur pour le marché français. Le montant de 20,4 milliards d’euros impressionne, mais c’est surtout le message politique et industriel qui frappe: l’ère des quatre grands opérateurs pourrait toucher à sa fin.

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