L’inférence de Mistral AI passe à l’échelle dans les hubs de colocation de Digital Realty – Entretien avec Fabrice Coquio

DCmag a échangé avec Fabrice Coquio, président de Digital Realty France, suite à l’annonce d’un partenariat entre le géant de la colocation et Mistral AI. Fabrice Coquio détaille ce que recouvrent concrètement les 10 MW annoncés aux Ulis : une infrastructure déjà opérationnelle, pensée pour l’inférence, livrée en moins de trois mois et intégrée au cœur d’un hub dense en connectivité.

Pour Digital Realty, le terme de partenariat ne renvoie pas à une promesse lointaine, mais à la capacité de répondre rapidement à une demande industrielle réelle. Fabrice Coquio explique avoir déployé une infrastructure spécifique pour Mistral AI dans un délai très court de trois mois, en s’appuyant sur des sites déjà « AI ready », capables de supporter de fortes densités et des dispositifs de refroidissement liquide DLC (direct liquid cooling). « Nous avons la chance en France d’avoir un acteur comme Mistral et c’est peut-être le seul au niveau européen qui a peut-être la possibilité d’offrir une alternative à des solutions pour le moment essentiellement américaines ou chinoises. Nous sommes très fiers de ce partenariat ».

Le message confirme qu’il ne s’agit ni d’un projet spéculatif, ni d’une annonce destinée à nourrir la course aux gigawatts. « Nous ne sommes pas dans un effet d’annonce de ce que vous allez voir dans 3 ans. Nous sommes en train d’annoncer quelque chose de réel, mis en place, opérationnel ». Et de rappeler que les 10 MW engagés sont déjà très significatifs dans le cadre d’usages d’inférence.

L’un des apports de Fabrice Coquio à notre entretien porte sur la distinction entre training, inférence et, demain peut-être, retraining. « Il y aura peut-être des centres de retraining, même si on n’en est pas encore là. Ces centres ne pourront pas sortir aux États-Unis ou en Chine ou ailleurs, parce qu’ils auraient été « corrompus » par la donnée de l’inférence liée au Legacy IT d’un grand compte français par exemple. Et là, par nature, ça devrait rester en Europe ou même rester en France ».

Les charges d’inférence n’ont pas vocation à être déployées dans des zones éloignées seulement parce que le foncier ou l’énergie y seraient moins coûteux ; elles doivent être installées au plus près des clients, dans des environnements riches en interconnexions​. « C’est une bonne illustration que les inférences vont se passer dans les hubs, c’est-à-dire où il y a les clients, où on peut amener à Mistral à la fois la concentration de clients que nous avons avec notre place d’acteur français majeur, mais également et surtout toute la connectivité qui irrigue nos sites. »

Cette logique conforte le rôle stratégique des grands hubs de colocation. Pour Mistral AI, l’intérêt du site ne réside pas seulement dans la puissance disponible, mais aussi dans la proximité d’un écosystème de clients entreprises et dans l’accès à une connectivité déjà en place. Comme le résume Fabrice Coquio, « les inférences vont se passer dans les hubs (…) D’ailleurs on n’est pas en train d’annoncer un gigawatt, on est en train d’annoncer 10 MW qui est très significatif quand il s’agit de faire de l’inférence. »

Une architecture technique déjà préparée

Sur le plan opérationnel, Digital Realty affirme ne pas avoir eu à changer de modèle, mais plutôt à mobiliser une architecture pensée depuis plusieurs années pour les fortes densités. Il indique pouvoir aller jusqu’à des baies de 100 kW, voire au-delà, et souligne que le vrai enjeu ne se limite pas à la puissance électrique, il porte surtout sur la mise en œuvre d’un DLC fiable, combiné à des dispositifs de refroidissement à air pour la partie des équipements qui ne peuvent pas fonctionner en liquide.

La répartition précise entre air cooling et DLC reste confidentielle dans le cas de Mistral AI, mais le calendrier est revendiqué comme une performance. « Les équipes se sont engagées à être prêtes au 1er avril, et l’installation a bien été livrée à cette date, après moins de trois mois de travaux et d’intégration​.»

Rester à sa place dans la chaîne de valeur

L’entretien permet aussi de clarifier la position de Digital Realty face à l’économie de l’IA. Le colocateur ne cherche ni à revendre des services d’intelligence artificielle, ni à se placer sur la donnée, ni à devenir intermédiaire applicatif. Son rôle reste celui d’un fournisseur d’infrastructure : héberger, alimenter, refroidir, connecter et garantir une disponibilité homogène, quel que soit le profil du client​.

Cette ligne de conduite s’inscrit dans une stratégie plus large : faire du data center le point de rencontre entre les entreprises et les fournisseurs de services numériques. Dans cette optique, accueillir des charges d’inférence revient moins à inventer un nouveau métier qu’à prolonger le modèle historique de la colocation interconnectée, avec des exigences de densité et de rapidité désormais beaucoup plus élevées​.

Des équipes déjà acculturées aux environnements critiques

Interrogé sur l’impact d’un client comme Mistral AI sur les opérations, Fabrice Coquio relativise l’effet de rupture. Selon lui, Digital Realty applique les mêmes standards contractuels, les mêmes processus et les mêmes garanties à tous ses clients, qu’ils occupent une seule baie ou plusieurs dizaines de mégawatts, et cela partout dans le monde​.

La nouveauté ne réside donc pas dans la qualité de service, mais dans l’intensité technique des déploiements. Sur ce point, Fabrice Coquio met en avant l’expérience acquise depuis près de deux ans sur le DLC en France, ainsi que les retours d’expérience mutualisés à l’échelle européenne. Il affirme d’ailleurs que plus de 70 % de ses data centers européens sont désormais compatibles avec des environnements « AI ready », sur un parc de plus de 130 sites​.

Au-delà du cas Mistral AI, l’accord avec Digital Realty illustre une évolution de fond du marché. L’IA ne se résume plus à des annonces de capacités massives dédiées au training ; elle fait émerger un besoin plus immédiat, plus distribué et plus proche des bassins d’usage, celui de l’inférence en hub​.

C’est sans doute là le principal enseignement de cette annonce. Pour les exploitants de data centers, la question n’est plus seulement de savoir qui construira les plus gros campus, mais qui saura livrer vite, connecter efficacement et opérer de manière fiable des infrastructures à haute densité au cœur des écosystèmes numériques existants.

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