Repenser le WUE non comme contrainte mais comme variable d’intégration territoriale stratégique.
La question hydrique n’est plus un angle secondaire de la stratégie infrastructurelle des data centers. Elle s’impose désormais comme une variable de premier rang dans les décisions d’implantation, de conception et de régulation des infrastructures de calcul à haute densité.
Expert : Vincent Stefanović, Co-founder & CEO et EVP Novation
Le WUE, indicateur de référence sectoriel
Le WUE (Water Usage Effectiveness), métrique définie par The Green Grid et exprimée en litres par kilowattheure d’énergie IT, constitue aujourd’hui l’indicateur de référence sectoriel. La moyenne industrielle tourne autour de 1,9 L/kWh. Mais derrière cette moyenne se dissimule une réalité plus complexe : les systèmes de refroidissement représentent entre 7 % de la consommation d’énergie totale dans les hyperscalers les plus efficaces et jusqu’à plus de 30 % dans les data centers d’entreprise moins bien optimisés, selon le rapport IEA Energy and AI 2025.
Une empreinte hydrique à l’échelle préoccupante
Une étude publiée en décembre 2025 dans la revue ScienceDirect estime que la seule consommation d’eau liée aux systèmes d’IA s’élèverait entre 312,5 et 764,6 milliards de litres en 2025, une fourchette comparable au volume annuel mondial de la consommation d’eau embouteillée. Les chercheurs notent par ailleurs que la consommation d’eau indirecte, liée à la production d’électricité, peut être jusqu’à quatre fois supérieure à la consommation directe, une dimension que les opérateurs ne divulguent que rarement.
L’Union européenne accélère
Du côté réglementaire, l’Union européenne accélère. Le Règlement délégué 2024/1364 impose des obligations de reporting WUE aux opérateurs de data centers. En 2026, la Commission européenne prévoit de déployer une régulation exigeant des normes minimales de performance hydrique, une première qui place l’Europe en position de cadre normatif de référence mondial sur ce sujet (S&P Global, septembre 2025).
Les réponses technologiques
Les réponses technologiques émergent en parallèle. En décembre 2025, Microsoft a annoncé le déploiement de systèmes de refroidissement en circuit fermé à zéro évaporation, permettant de réduire la consommation d’eau de plus de 125 millions de litres par installation annuellement. Start Campus, dont le site de Sines au Portugal affiche un WUE nul grâce au recyclage d’eau de mer, démontre la viabilité opérationnelle des approches zéro-eau à grande échelle (CNBC, octobre 2025).
La dimension géographique, variable centrale
La dimension géographique est centrale. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement. Des projets de data centers à grande échelle génèrent des contestations dans des régions déjà soumises à un stress hydrique structurel, notamment dans la péninsule ibérique, le bassin méditerranéen et certaines parties de l’Europe centrale. Le choix d’implantation d’une infrastructure de calcul ne peut plus s’abstraire de l’analyse du risque hydrique local.
Un changement de paradigme
La véritable question stratégique n’est donc pas de réduire le WUE d’un site donné. Elle est d’intégrer la ressource eau, sa disponibilité, sa saisonnalité et sa gouvernance territoriale, comme variable de conception dès les stades amont d’un projet. Repenser le WUE non comme contrainte réglementaire mais comme variable d’intégration territoriale représente un changement de paradigme que les développeurs les plus avancés ont déjà amorcé.
Sources : IEA, Energy and AI, 2025 · Règlement délégué UE 2024/1364 · The carbon and water footprints of data centers, ScienceDirect, décembre 2025 · S&P Global Sustainable1, Beneath the surface : Water stress in data centers, septembre 2025 · CNBC, Water : AI mega projects raise alarm in some of Europe’s driest regions, octobre 2025 · Introl, Water Usage Efficiency : AI Data Center Cooling Guide, février 2026.
Cet article fait partie de la série Perspectives d’EVP Novation, consacrée aux infrastructures numériques et énergétiques européennes.

