Equinix obtient le permis de construire pour un méga data center à Amsterdam, mais devra se montrer patient…

Amsterdam continue d’accélérer sur les data centers, malgré les contraintes politiques et un réseau électrique déjà sous tension. À Amsterdam-Zuidoost, Equinix a obtenu un permis pour un nouveau campus de data center, le dixième dans l’agglo, qui, à terme, pourrait devenir le plus grand de la ville. Mais la première phase ne verra sortir de terre qu’une tour/data center, faute de capacité réseau disponible avant 2036.

Le projet autorisé à Amsterdam-Zuidoost prévoit quatre tours de 60 m au total, pour une puissance de raccordement de 80 MW et une consommation annuelle estimée à 779 millions de kWh une fois le site complètement déployé.

Le projet de datacenter avait été approuvé avant qu’Amsterdam n’impose un moratoire sur les nouveaux centres de données en 2025. Mais dans l’immédiat, Equinix ne construira qu’un seul bâtiment de 60 mètres, en attendant une montée en capacité du réseau, selon le principe devenu classique du “build now, power later” qui se heurte ici à une congestion très concrète de l’infrastructure amont.

Ce choix n’est pas seulement technique, il est aussi territorial. Le site se trouve dans Amstel III, un secteur où la municipalité prévoit aussi jusqu’à 8 000 logements dans les années à venir, ce qui place le data center au cœur d’un arbitrage foncier entre production numérique et renouvellement urbain. Equinix a d’ailleurs indiqué qu’elle fournira gratuitement de la chaleur résiduelle pour chauffer les habitations et les bureaux du quartier, et mettra à disposition de la municipalité des espaces au rez-de-chaussée. L’équation devient politiquement sensible : une infrastructure énergivore dans une zone appelée à accueillir de l’habitat n’a rien d’anodin, surtout quand la pression sur le foncier est forte.

Le verrou du réseau

Sans surprise, le point clé du dossier n’est pas le permis, mais le branchement. Equinix doit construire sa propre connexion au réseau haute tension de TenneT, mais la capacité n’est pas disponible aujourd’hui, car le réseau est saturé autour d’Amsterdam. La mise à niveau des grandes sous-stations TenneT nécessaires à l’alimentation complète du campus n’est pas attendue avant 2036.

Autrement dit, l’autorisation administrative précède largement la réalité physique du raccordement. C’est un schéma désormais familier dans les marchés électriques européens : les permis se délivrent, les projets se financent, mais la file d’attente de raccordement devient la variable la plus déterminante. Dans ce cas précis, le data center n’est pas bloqué juridiquement, il est contenu par le système électrique.

Et Amsterdam n’en est pas à son premier dossier de ce type… D’autres projets récents ont montré comment la segmentation en plusieurs bâtiments permettait de rester, au moins formellement, sous les seuils utilisés pour définir un hyperscale. Dans le cas d’un projet Microsoft dans l’ouest de la ville, le montage en trois tours distinctes a permis de contourner l’esprit d’un cadre plus restrictif, même si les autorités ont estimé que les bâtiments séparés ne répondaient pas à la définition réglementaire d’un hyperscale.

Les règles de planification peuvent ralentir les mégaprojets, mais elles ne suffisent pas toujours à les empêcher. Les opérateurs disposent encore de marges d’architecture juridique et immobilière pour faire passer des campus de grande taille, surtout lorsqu’ils ont déjà obtenu des autorisations avant les durcissements réglementaires.

Le vrai sujet : la capacité

Le dossier Equinix à Amsterdam-Zuidoost révèle une rupture de séquence dans l’industrie. Pendant des années, le schéma dominant consistait à sécuriser le terrain, le permis, puis l’alimentation. À Amsterdam, la logique s’inverse partiellement : le foncier et l’autorisation existent, mais la puissance réseau devient le facteur limitant, ce qui renchérit les délais, complexifie les phasages et peut retarder la monétisation des mètres carrés techniques.

Aux Pays-Bas, le débat dépasse Amsterdam. Des projets similaires avancent ailleurs dans le pays, malgré les restrictions et les oppositions locales, ce qui confirme que le marché reste vivant mais sous surveillance accrue. Le pays conserve une attractivité forte pour les opérateurs de colocation et les hyperscalers, mais le coût politique de cette attractivité augmente avec chaque mégaprojet ajouté à un réseau déjà sous tension. L’enjeu demeure : la puissance numérique se développe plus vite que la puissance électrique, et le décalage devient désormais visible dans le paysage urbain.

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