Samsung planifie son premier data center flottant pour 2028, une option pour l’avenir du DC

Samsung Heavy Industries veut industrialiser les data centers flottants avec un premier projet programmé au deuxième trimestre 2028. Elle s’appuie sur ses capacités de construction navale et sur un partenariat avec la société américaine M3.

  • Image d’en-tête : Samsung Heavy Industries

Samsung lance un signal de montée en cadence de son projet de data center flottant : Samsung Heavy Industries a fixé un objectif de commercialisation au second trimestre 2028, sans détailler de site ni de client à ce stade. Cette échéance est cohérente avec d’autres éléments du dossier, notamment le partenariat signé avec M3, qui doit prendre en charge l’origination des sites, la recherche de locataires et l’exécution des projets.

M3 affiche déjà deux projets de très grande ampleur : Zeus, un campus hybride flottant et terrestre de 500 MW à Houston, annoncé pour le premier semestre 2028, et Sandpiper, une installation flottante de 860 MW près de San Jose, visée pour 2029. Ces chiffres donnent la mesure de l’ambition, mais ils restent déclaratifs et doivent encore passer l’épreuve des permis, du financement et du raccordement.

Pourquoi le flottant attire les data centers ?

L’intérêt du modèle est clairement exposé par les acteurs coréens : les data centers flottants sont présentés comme une alternative aux sites terrestres lorsque le foncier manque, que l’accès au réseau est difficile ou que le refroidissement devient coûteux. Sur le fond, l’argument est crédible, déplacer l’infrastructure vers une structure offshore peut desserrer certaines contraintes locales, surtout dans les zones urbaines ou portuaires déjà saturées.

Mais le flottant ne supprime pas les limites physiques, il les déplace. Il faut toujours sécuriser la puissance, la connectivité, les autorisations maritimes, la maintenance, la résilience aux conditions météo et la conformité environnementale ; le “hors-sol” reste donc une illusion partielle.

Quant au cœur du dossier, il n’est pas naval, il est électrique. La rareté du foncier et les difficultés d’alimentation en énergie sont devenues des freins majeurs pour les data centers terrestres, en particulier à l’heure de l’IA et de ses besoins massifs en puissance. Dans cette logique, le flottant est surtout un contournement des files d’attente de raccordement et des arbitrages locaux sur l’occupation du sol.

Plus étonnamment, et c’est aussi ce qui explique l’intérêt croissant des industriels de la construction navale, le marché des data centers flottants pourrait devenir un débouché potentiel comparable, en valeur de contrat, aux navires à forte valeur ajoutée. Certains analystes coréens estiment même que ces projets pourraient, à terme, surpasser certains navires marchands en valeur unitaire et en rentabilité.

Un marché encore fragile

L’écosystème reste jeune et donc risqué. L’expérience de Nautilus, pionnier américain, rappelle que l’innovation d’infrastructure ne garantit ni la traction commerciale ni la stabilité financière. L’entreprise a bien lancé un data center flottant à Stockton, mais son actif a ensuite été mis en vente.

Samsung, lui, arrive avec un atout rare : la combinaison entre ingénierie maritime, fabrication industrielle et capacité de montage de projets à grande échelle. Le partenariat avec M3, société basée au Texas et issue d’anciens profils Nautilus, montre toutefois que la bataille ne se jouera pas seulement sur la technologie, mais sur l’accès au foncier, aux clients et au capital.

Quant au timing, il n’est pas anodin. Les grands groupes cherchent des solutions pour absorber la demande IA sans dépendre exclusivement de zones terrestres déjà congestionnées. En parallèle, d’autres acteurs testent des architectures très énergivores ou adossées à de nouvelles sources d’alimentation, preuve que la contrainte réseau est devenue structurante. Dans ce contexte, le flottant apparaît comme une piste parmi d’autres, pas comme une réponse universelle.

La limite principale reste l’échelle opérationnelle, les annonces de 50 MW à 500 MW montrent un éventail très large, mais le passage à la production répétable et certifiable demeure à prouver. Samsung a désormais posé une date, ce qui est déjà un signal de maturité ; il lui reste à démontrer que le modèle peut sortir du prototype et devenir une infrastructure bancable, exploitable et raccordable à grande échelle.

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