euNetworks ajoute un axe long-courrier stratégique – 1 057 km sur un tracé inédit qui traverse les Alpes – plus direct entre Francfort et Zurich, dans la bataille pour les routes les plus courtes et les plus résilientes entre Paris, Milan, Marseille et Francfort qui se durcit, sur fond de tension sur la capacité, de dépendance aux points d’atterrissement méditerranéens et de contraintes de raccordement autour des grands hubs data centers.
Le sujet de départ est un développement réseau d’euNetworks présenté comme une réponse à la demande croissante de bande passante entre les grands marchés européens du numérique. La société a livré à l’automne 2024 une nouvelle « Super Highway » entre Francfort et Paris, qu’elle décrit comme un tracé plus direct, conçu pour soutenir des besoins de connectivité en forte hausse entre deux zones majeures du cloud et des data centers.
L’étape suivante, annoncée en octobre 2025, est encore plus révélatrice : un nouvel itinéraire longue distance entre Francfort et Zurich permet désormais deux chemins courts et diversifiés vers Marseille et Milan, en évitant les détours par Paris ou Munich. L’argument commercial porte sur moins de latence, plus de diversité, plus de capacité, mais l’enjeu industriel est plus profond : sécuriser des corridors où les routes convergent, se croisent et deviennent des points de fragilité pour tout le marché européen.
Paris et Milan, hubs sous contrainte
Dans cette logique, Paris et Milan ne sont pas seulement deux villes reliées par la fibre, ce sont deux centres de gravité où se concentrent les contraintes de foncier, d’énergie et de raccordement. euNetworks indique que son Super Highway Paris–Francfort donne accès direct à plus de 100 data centers dans ces deux villes, puis à 445 autres sites de son empreinte européenne, ce qui illustre la densité croissante des chaînes de raccordement autour des grands marchés métropolitains.
Milan occupe une place particulière. Le site d’euNetworks dédié à la ville rappelle que la métropole est alimentée par des entrées longue distance depuis Zurich et Marseille, et que son réseau métro a été lancé en 2019 pour relier les principaux data centers de la ville. L’opérateur insiste aussi sur des capacités « multi-terabit » et sur une multiplication des points d’entrée/sortie, signe qu’à Milan la valeur n’est plus seulement locale, elle tient à la capacité de servir de passerelle entre Méditerranée, Europe centrale et routes cloud.
Marseille, la pression de la Méditerranée
Marseille reste le nœud le plus sensible du dispositif. Plusieurs sources convergent sur le rôle des atterrissements sous-marins méditerranéens comme portes d’entrée essentielles vers l’Europe, en particulier pour les flux venant du Moyen-Orient, d’Asie et d’Afrique. euNetworks affirme d’ailleurs que la route Francfort–Méditerranée est l’un des corridors européens critiques pour la connectivité des data centers.
Le marché confirme cette tension. Des opérateurs travaillent à renforcer les liaisons Marseille–Milan ou Marseille–Gênes, ce qui montre que la concurrence ne porte plus seulement sur les points d’atterrissement, mais sur les chemins terrestres capables d’absorber la croissance des flux.
La bataille des routes
L’intérêt des annonces d’euNetworks est d’abord topologique. L’opérateur ne vend pas seulement des fibres ; il vend des chemins évitant les points de défaillance. Dans son communiqué, il souligne que la nouvelle architecture permet d’éviter des « longs détours » via Paris ou Munich et de construire des itinéraires réellement diversifiés entre les grands marchés de données.
Cette logique révèle une réalité sectorielle, dans les infrastructures réseau, la distance n’est pas seulement un coût, c’est aussi un risque. Plus la demande IA pousse les opérateurs à transporter de gros volumes entre data centers, cloud on-ramps et câbles sous-marins, plus les tracés les plus courts deviennent les plus recherchés. Le gain de latence compte, mais la résilience compte tout autant, surtout pour les clients hyperscale, finance et contenu qui arbitrent désormais entre performance brute, redondance et souveraineté opérationnelle.
euNetworks positionne également et explicitement ses nouveaux tracés comme une réponse à la demande future « dominée par l’IA ». Une pression nouvelle qui s’exerce sur les corridors longue distance : il ne s’agit plus de relier quelques hubs, mais de maintenir une plateforme capable d’absorber une croissance rapide des échanges entre calcul, stockage et cloud. C’est là que les opérateurs d’infrastructure deviennent stratégiques : ils se positionnent entre les campus électriques, les grands atterrissements sous-marins et les marchés urbains saturés.
Pour autant, la diversité affichée n’est pas toujours synonyme de vraie résilience si les routes finissent par converger vers les mêmes zones de concentration. C’est pour cela que la multiplication des chemins Marseille–Milan, Marseille–Paris, Francfort–Zurich ou Francfort–Paris doit être lue comme une stratégie de contournement des goulets, pas comme une solution finale. Le marché européen des data centers entre dans une phase où chaque tronçon de fibre, chaque atterrissement et chaque poste de raccordement deviennent des actifs critiques, et donc disputés.

