Bank of America a annoncé une initiative de 250 milliards de dollars d’ici 2027 pour financer les infrastructures américaines, notamment les data centers dédiés à l’IA. Morgan Stanley va faciliter 1 500 milliards de dollars de financement axés sur les plateformes d’innovation et les industries stratégiques.
Bank of America veut déployer 250 milliards de dollars dans les infrastructures américaines d’ici au 4 juillet 2027. Baptisée Critical Infrastructure Finance Initiative, l’opération couvre le financement bancaire, l’investissement, les marchés de capitaux, le conseil et les opérations de banque d’affaires. Le périmètre est volontairement large : data centers, capacité de calcul, composants et semi-conducteurs, production et stockage d’électricité, réseaux, transport, gaz naturel, eau et minerais critiques.
L’annonce intervient dans un contexte de surenchère entre grandes banques américaines. Morgan Stanley a récemment annoncé vouloir faciliter environ 1 500 milliards de dollars d’investissements sur dix ans dans l’innovation et les infrastructures associées.
Au sein de ces banques, le mouvement traduit moins une découverte soudaine de l’enjeu industriel qu’une bataille pour capter les commissions, les mandats de structuration et les actifs de dette liés au cycle d’investissement de l’intelligence artificielle.
Les chiffres, de 250 à 1 500 milliards de dollars, doivent cependant être interprétés avec prudence. Ils ne correspondent pas nécessairement à un apport de fonds propres, ni à un portefeuille consacré exclusivement aux data centers. Ils agrègent des prêts du marché primaire, des investissements, des émissions obligataires, des opérations de conseil et des services de banque d’affaires sur une période de 18 mois à 10 ans.
Leur méthode est cohérente avec les objectifs de financement durable des banques, mais elle rend les comparaisons difficiles. Un dollar prêté au bilan, un dollar d’obligations placées auprès d’investisseurs et un dollar de conseil ne présentent ni le même risque, ni le même degré d’engagement financier. L’enjeu sera donc de savoir quelle part de ces milliards sera effectivement exposée au risque de construction, de raccordement ou de performance opérationnelle.
Le data center devient un actif financier hybride
Les banques américaines cherchent à se positionner sur toute la chaîne de valeur de l’IA : enveloppe immobilière, alimentation électrique, systèmes de refroidissement, accélérateurs, équipements réseau et contrats avec les grands clients numériques. Cette approche transforme le data center en actif hybride, à la frontière de l’immobilier, de l’énergie, de la technologie et du financement structuré.
L’exemple le plus significatif est le campus développé dans le Michigan par Related Digital pour Oracle, avec des fonds de Blackstone et un raccordement à l’opérateur DTE. Bank of America a participé à la structuration d’un financement de dette de 14 milliards de dollars au sein d’une transaction présentée comme représentant environ 16 milliards de dollars au total. Au lieu de retenir le schéma classique d’un prêt de construction de trois ans suivi d’un refinancement, les partenaires ont opté pour une dette obligataire de long terme, d’une maturité de 19 ans, avec une possibilité de remboursement anticipé à partir de la troisième année.
Le montage illustre une évolution importante du marché. Les projets géants ne peuvent plus toujours être absorbés par le seul marché bancaire traditionnel. La taille des besoins pousse les développeurs vers les obligations de projet, le crédit privé, le financement d’équipements, le crédit-bail et les produits titrisés. Bank of America indique avoir contribué à la construction de plus de 5 gigawatts de data centers dans le monde au cours des 18 derniers mois.
Une croissance à crédit, donc sélective
La demande de financement reste appelée à progresser fortement. Les quatre grands hyperscalers américains devraient consacrer plus de 700 milliards de dollars à leurs dépenses d’investissement en 2026, soit environ 75 % de plus qu’en 2025 selon les données citées par Bank of America. Morgan Stanley estime de son côté que les dépenses mondiales consacrées aux data centers pourraient atteindre 2 900 milliards de dollars entre 2025 et 2028, hors investissements électriques.
Ces banques américaines insistent sur la solidité financière des principaux donneurs d’ordre : les grands hyperscalers disposent de notations élevées et de flux de trésorerie importants. Cela réduit le risque de crédit au niveau du locataire ou de l’acheteur de capacité. Il ne supprime pas pour autant le risque infrastructurel : retard de chantier, dérive des coûts, indisponibilité électrique, obsolescence accélérée des générations de GPU, évolution des densités thermiques et incertitude sur la demande à long terme.
C’est ici que se situe le principal arbitrage pour les investisseurs. Les actifs les plus recherchés seront ceux qui combinent un sponsor expérimenté, un locataire solvable, des permis avancés, une alimentation électrique contractualisée et une architecture de refroidissement compatible avec les charges IA. Les projets simplement annoncés, sans calendrier crédible de raccordement ni chaîne d’approvisionnement sécurisée, risquent de rester des actifs spéculatifs malgré l’abondance de capitaux.

