Le préfet de Seine-et-Marne a validé le projet Campus IA de Fouju (1,4 GW et 50 milliards €)

Le préfet de Seine-et-Marne a donné, fin juillet 2026, son feu vert au projet Campus IA de Fouju : un méga-campus de data centers dédié à l’IA, annoncé comme le plus grand d’Europe, avec une puissance cible de 1,4 GW (le cœur électrique est sous-traité à Eiffage) et un investissement total de l’ordre de 50 milliards d’euros à l’horizon 2038.

Le site retenu est la petite commune rurale de Fouju (637 habitants), à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Paris, bordée par l’A5 et la ligne TGV. Le projet prévoit, à terme, une douzaine de bâtiments de data centers répartis sur environ 87 à 90 hectares. L’investissement global est estimé entre 30 et 50 milliards d’euros, avec une fourchette haute de 50 milliards souvent reprise par les porteurs et les médias, dont une large part serait financée par des fonds émiratis (MGX) dans le cadre de l’accord France–Émirats sur l’IA.

Le calendrier est calé sur des échéances politiques et industrielles serrées : les travaux de la première phase doivent démarrer en septembre 2026, pour une mise en service visée en 2028, puis deux autres phases entre 2030–2033 et 2034–2038. La première tranche, sur 38 hectares, comprend une sous-station électrique, quatre data centers, un bâtiment de formation de 1 500 m² et des infrastructures de voirie et d’espaces verts.

Une puissance électrique inédite : l’équivalent d’un réacteur nucléaire

Le chiffre qui cristallise les enjeux est la puissance électrique visée : 1,4 GW à pleine capacité, soit l’équivalent d’un réacteur EPR. RTE doit livrer un premier palier de 240 MW d’ici fin 2027, puis 700 MW avant fin 2029, avant un raccordement définitif à un poste source 400 kV dédié.

Ce niveau de puissance place Fouju dans une catégorie à part en Europe. À titre de comparaison, les plus gros clusters de data centers franciliens actuels se comptent en quelques centaines de MW ; ici, on parle d’un seul site qui, à terme, concentrerait une puissance supérieure à celle de nombreux parcs nucléaires individuels. Le projet s’appuie sur un accord France–Émirats prévoyant un investissement total de 109 milliards d’euros dans l’IA, dont 50 milliards via MGX pour le campus français. Une partie significative de ce montant serait orientée vers l’achat de GPU Nvidia, avec des estimations faisant état de 28 milliards d’euros, soit environ 80 % du coût, pour les équipements de calcul.

Infrastructures et chantier : un cœur électrique sous-traité à Eiffage

Le « cœur électrique » du campus a déjà trouvé son maître d’œuvre. Campus AI, la joint-venture qui pilote le projet, a confié à Eiffage un contrat de plus de 120 millions d’euros pour la réalisation de la sous-station haute tension et des infrastructures communes du site. Ce lot est stratégique : il conditionne la capacité à absorber les paliers de puissance successifs et à garantir la résilience électrique du campus.

La première phase prévoit, outre la sous-station, quatre data centers, des voiries, des espaces paysagers et des corridors écologiques, sur 38 hectares. Le projet intègre également plus de 600 groupes électrogènes et près de 700 groupes froids à pleine capacité, soulignant l’ampleur des besoins en secours électrique et en refroidissement. Ces chiffres traduisent une architecture pensée pour la redondance et la densité de calcul, typique des workloads d’entraînement et d’inférence d’IA à grande échelle.

Territoire et artificialisation : 90 hectares de terres agricoles en jeu

L’assiette foncière du projet repose sur environ 89 hectares de terres agricoles, transformées en zone d’infrastructures numériques. Dans un contexte de pression forte sur le foncier en Île-de-France et d’objectifs de réduction de l’artificialisation nette (ZAN), ce choix est politiquement et environnementalement sensible.

Le projet est présenté comme un levier de souveraineté et de compétitivité pour la France et l’Europe, mais il concentre aussi les critiques sur l’usage du sol. Les associations environnementales et certains élus pointent la démesure d’un tel complexe dans un territoire rural, avec des impacts sur les paysages, la biodiversité et la vocation agricole du secteur. La commission d’enquête a pourtant rendu un avis favorable sans réserve, reprenant en grande partie les arguments du maître d’ouvrage, malgré plus de 1 200 contributions d’opposants.

Le feu vert préfectoral du 29 juillet 2026, intervenant juste après la publication du rapport favorable de la commission d’enquête début juillet, n’a pas éteint la contestation. Un collectif d’associations a déjà annoncé un recours contentieux, estimant que le projet cumule les risques : artificialisation massive, pression sur le réseau électrique, opacité sur les usages réels et les bénéficiaires finaux de la capacité de calcul. Et le dossier doit encore passer en Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), où les opposants comptent bien remettre en cause la démesure du projet.

Un signal fort pour le marché

Pour le marché des data centers en Île-de-France, Fouju est un signal puissant : la région confirme sa position de hub européen majeur, avec plusieurs autres projets pharaoniques en Seine-et-Marne (Montereau avec EDF/OpCore, par exemple). Pour les investisseurs, les exploitants et les intégrateurs, le campus ouvre un carnet de commandes colossal en génie civil, électrique, CVC et équipements IT.

Mais le précédent est à double tranchant. Si Fouju devient une référence en termes de délais, de coûts et d’exploitation, il pourrait accélérer une course à la méga-infrastructure en Europe, avec des risques de surcapacité, de tensions réseau et de conflits d’usage du sol. Si, au contraire, le projet bute sur des contentieux, des retards de raccordement ou des difficultés de financement, il pourrait freiner la dynamique et inciter les investisseurs à se tourner vers d’autres territoires moins contraints.

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