L’enquête 2026 de l’Uptime Institute révèle une évolution contrastée du risque cyber : davantage d’exploitants déclarent avoir subi un incident, tandis que la proportion des événements jugés les plus graves recule légèrement. Mais les conséquences financières restent préoccupantes. Les analystes de l’Uptime rappellent que la prévention demeure indissociable de la résilience opérationnelle.

Expert : Antonio Ramos, directeur exécutif de LEET Security, société du groupe Uptime.
Des incidents plus répandus, sans recul démontré du risque
Selon l’Uptime Institute, 82 % des exploitants interrogés déclarent que leur data center a connu un incident de cybersécurité au cours des trois dernières années, soit sept points de plus que dans l’enquête 2024. Dans le même temps, 23 % des répondants qualifient leur incident le plus impactant de significatif, sérieux ou sévère, une proportion en baisse de trois points par rapport à 2024.
Ces deux tendances ne se contredisent pas : la diffusion des incidents et leur niveau de gravité constituent deux dimensions distinctes de l’exposition au risque. Une augmentation du nombre d’exploitants touchés peut ainsi coexister avec une meilleure maîtrise des conséquences des événements les plus dangereux.
« Une baisse de la gravité des incidents cyber ne signifie pas une réduction correspondante du risque de cybersécurité », prévient Antonio Ramos. S’il estime que la majorité des opérateurs parviennent à faire face aux menaces les plus dangereuses, il s’interroge sur leur capacité à maintenir cette maîtrise dans un contexte de crises cyber liées à l’intelligence artificielle. Le document ne chiffre toutefois pas la contribution de l’IA aux incidents recensés.
Les vulnérabilités logicielles et les erreurs réseau au premier plan
Les causes déclarées des incidents les plus impactants ramènent les exploitants aux fondamentaux de la sécurité informatique. Les vulnérabilités logicielles arrivent en tête, citées par 23 % des répondants à cette question, devant les mauvaises configurations réseau, à 16 %. Les accès non autorisés et les problèmes liés aux services informatiques de tiers, affichent chacun 14 %, puis les défaillances matérielles informatiques 12 %. Les lacunes de sécurité des systèmes OT/IoT représentent 7 % des réponses.
Pour Antonio Ramos, la première place des failles logicielles n’a rien de surprenant. Les systèmes anciens et les systèmes de tiers qui ne bénéficient pas des correctifs nécessaires offrent aux attaquants des faiblesses plus faciles à repérer et à exploiter.
L’enjeu consiste donc à intervenir avant que ces fragilités ne se traduisent par une perturbation de l’exploitation. « Une cybersécurité efficace ne repose pas seulement sur la réponse aux menaces », souligne-t-il, mais aussi sur l’identification et le traitement préalables des faiblesses. Cette lecture place la gestion des vulnérabilités au cœur de la continuité opérationnelle, plutôt qu’au seul rang des activités de remédiation informatique.
Le seuil du million de dollars plus souvent franchi
Le recul de la gravité déclarée ne s’accompagne pas d’un allègement uniforme des conséquences financières. Parmi les répondants ayant estimé le coût de leur incident le plus impactant, 18 % le situent au-delà d’un million de dollars en 2026, contre 10 % en 2025 : une progression de huit points. L’estimation demandée englobe les coûts directs, les coûts d’opportunité et les atteintes à la réputation.
La tranche comprise entre 100 000 et un million de dollars représente 15 % des réponses en 2026, contre 21 % un an auparavant. La catégorie allant jusqu’à 100 000 dollars reste, elle, à 69 %. Ces résultats décrivent une évolution de la répartition des coûts déclarés, non celle d’un coût moyen.
Pour les exploitants, l’analyse économique ne peut donc se limiter aux dépenses techniques de remise en service. Antonio Ramos insiste sur le poids de l’indisponibilité : « Les interruptions opérationnelles restent un facteur essentiel dans le calcul des conséquences financières des incidents cyber », bien au-delà du coût immédiat du rétablissement.
Prévenir : des mesures connues, une exécution décisive
Les réponses sur la prévention mettent en avant trois leviers presque à égalité : la surveillance et la gestion des vulnérabilités courantes, le développement des compétences et l’application des procédures de sécurité de l’entreprise.
- Quelles mesures auraient pu empêcher l’incident le plus impactant ? Voici le choix des 131 répondants :
- Surveillance et gestion des vulnérabilités courantes : 53 %.
- Amélioration des compétences et de la formation des équipes de cybersécurité : 52 %.
- Mise en œuvre des procédures de sécurité de l’entreprise : 51 %.
- Application effective des politiques de cybersécurité : 45 %.
- Identification des interactions ou demandes inhabituelles : 24 %.
- Tests d’intrusion : 19 %.
Cette formulation est importante : ces pourcentages expriment les mesures que les répondants estiment susceptibles d’avoir évité leur incident. Ils ne constituent pas, à eux seuls, un taux d’adoption de ces pratiques ni une mesure de leur efficacité respective.
Au-delà du choix des dispositifs, Antonio Ramos met l’accent sur la constance de leur application. La résilience cyber dépend non seulement de protections adaptées, mais aussi de leur mise en œuvre dans la durée. Des ressources suffisantes, une supervision effective et la formation des équipes restent, selon lui, indispensables.
Faire de la cybersécurité une discipline de résilience opérationnelle
L’enquête invite finalement à lire ensemble trois indicateurs : la fréquence des incidents, leur gravité et leur coût. La baisse de l’un ne suffit pas à compenser la hausse d’un autre. Pour les acteurs du data center, le sujet dépasse donc la seule capacité à contenir une attaque : il concerne aussi la capacité à préserver l’exploitation et à limiter les conséquences économiques d’une interruption.
L’Uptime Institute conclut sur une démarche continue : évaluer régulièrement les vulnérabilités, réexaminer les capacités de réponse aux incidents et faire évoluer les pratiques de sécurité. Le message d’Antonio Ramos tient à cette exigence d’exécution : disposer des bonnes protections est nécessaire ; les appliquer durablement, avec les moyens et les compétences adaptés, reste déterminant.
Source : « Uptime Institute 2026 Survey Findings: Data Center Cybersecurity », par Laurie Williams.

