Cambrai : le méga data center e-Valley de Data4 et Brookfield reçoit un second feu vert foncier

L’agglomération de Cambrai a de nouveau approuvé la vente des mêmes terrains de la zone e-Valley, sur l’ancienne base aérienne 103, développée par BT Immo, pour un méga data center porté par Data4 adossée au fonds canadien Brookfield. Motif invoqué : l’évolution du projet de data center. Un geste administratif qui cache l’enjeu de sécuriser un foncier stratégique pour un campus, à terme, d’une puissance électrique pouvant atteindre 1 GW.

L’information, publiée par La Voix du Nord, décrit un « casse-tête administratif » ayant imposé une réunion d’urgence du conseil communautaire, avec un ordre du jour limité à ce seul dossier. L’accord porte sur la cession de terrains déjà concernés par une première décision, mais que l’évolution du projet de data center a rendue nécessaire de revalider.

Second accord, un premier signal

À première vue, l’épisode relève de la routine juridique : une délibération doit être reprise parce que le périmètre, la destination ou les conditions d’un projet ont changé. Mais dans le cas de Cambrai, il signale surtout que le projet n’est plus une simple perspective d’investissement, il entre dans une phase où le foncier, les servitudes, les emprises techniques et le calendrier doivent être verrouillés.

Le site visé n’est pas un terrain ordinaire. L’ancienne base aérienne 103 de Cambrai-Épinoy, reconvertie en parc logistique e-Valley, offre environ 320 hectares, dont 450 000 m² déjà viabilisés selon des données communiquées lors des annonces de 2025. Cette disponibilité foncière immédiate constitue l’un des principaux atouts du site dans une France où les grands projets d’IA peinent à trouver des emprises suffisamment vastes, raccordables et acceptées localement.

L’ambition du giga de Data4 et Brookfield

Le projet est porté par Data4, adossée au fonds canadien Brookfield, sur la zone e-Valley développée par BT Immo. Les annonces initiales de février 2025 évoquaient un campus d’une capacité pouvant atteindre 1 GW, avec un investissement pouvant dépasser 10 milliards d’euros et près de 4 000 emplois directs et indirects annoncés sur le site.

Les chiffres ont toutefois été progressivement nuancés. La trajectoire communiquée en 2025 faisait état d’au moins 300 MW de capacité électrique à court terme, avant une montée en puissance éventuelle vers 1 GW. En juin 2026, Brookfield évoquait encore un développement sur environ 23 hectares, avec trois bâtiments devant sortir de terre sur trois à cinq ans, pour un investissement estimé à 10 milliards d’euros sur cinq à dix ans.

L’énergie, véritable variable critique

Les travaux préparatoires au raccordement électrique donnent une mesure concrète de cette contrainte. Un avis d’appel d’offres publié en avril 2026 prévoit des extensions du réseau HTA autour de Cambrai pour alimenter quatre postes clients du futur site de data centers. Le chantier comprend notamment environ 29 km de réseau souterrain, avec des départs depuis les postes sources d’Haplincourt et de Prémy, ainsi que plusieurs tronçons vers Boursies et Fontaine-Notre-Dame. Les travaux sont programmés pour 2027.

Un site de cette ampleur posera également la question du refroidissement. À Cambrai, un réseau de chaleur urbain alimenté par les surplus thermiques du data center a été évoqué comme piste pour limiter les pertes énergétiques. Pour l’agglomération, l’enjeu est double. Il s’agit de capitaliser sur une reconversion réussie d’une friche militaire, tout en évitant que le territoire ne devienne uniquement un support foncier et électrique pour une infrastructure à très forte consommation.

Le discours public met en avant l’emploi, l’attractivité et la position des Hauts-de-France dans la course européenne à l’IA. La région ambitionne en effet de devenir un pôle européen de l’intelligence artificielle, et Cambrai est présenté comme l’un de ses projets phares. Mais les retombées locales restent à démontrer.

Ce que révèle la revente des terrains

Le second accord de l’agglomération illustre une mécanique désormais classique des grands projets d’IA : le foncier public ou semi-public devient une ressource stratégique, mobilisée très tôt pour sécuriser un développement dont les contours techniques évoluent encore.

La vente des terrains à e-Valley n’est donc pas un détail administratif. Elle participe à la constitution d’une assise foncière pour un projet dont la première phase devrait démarrer en 2026, avec une mise en service envisagée dès 2027 selon les annonces de 2025. Le calendrier est ambitieux, d’autant que les travaux de raccordement électrique ne sont prévus qu’en 2027.

Cette tension entre annonce politique et réalité d’ingénierie mérite d’être suivie de près. À Cambrai, la réussite ne se jugera pas au montant investi ni à la puissance affichée, mais à la capacité du projet à livrer effectivement des MW raccordés, refroidis, exploitables et intégrés au territoire.

Le feu vert renouvelé de l’agglomération est une étape nécessaire. Il ne garantit pas encore que le giga data center tant annoncé deviendra une réalité industrielle, mais il confirme que le territoire est désormais engagé dans l’une des courses les plus exigeantes du numérique européen.

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