atNorth associe son futur campus DEN02, 250 MW dans l’ouest du Danemark, à un projet de serres chauffées par la chaleur fatale des serveurs.
Un data center capable d’absorber initialement 250 MW, installé sur un site de plus de 170 hectares, pourrait bientôt alimenter une infrastructure agricole de plusieurs dizaines d’hectares. À Ølgod, au Danemark, atNorth veut faire de son futur campus DEN02 un démonstrateur d’intégration industrielle : l’électricité alimente les charges informatiques, les serveurs produisent de la chaleur, et cette chaleur doit être réutilisée pour cultiver des fruits et légumes sous serre.
Le partenariat annoncé avec Selected Group prévoit la construction d’un complexe de serres adjacent au data center. La première phase est annoncée pour le troisième trimestre 2028, avec un développement appelé à évoluer au rythme de la montée en puissance de DEN02. Les partenaires mettent en avant trois bénéfices : réduction des émissions liées au chauffage des serres, production alimentaire locale et création d’activité dans une zone rurale.
Une infrastructure numérique hors norme
DEN02 est conçu comme un site destiné aux hyperscalers, aux opérateurs de colocation et aux workloads d’intelligence artificielle et de calcul haute performance. atNorth annonce une capacité initiale de 250 MW, avec un potentiel d’extension de plusieurs centaines de mégawatts, le groupe évoque une capacité électrique de campus pouvant atteindre 500 MW. Le terrain est présenté comme un site vierge de 171 hectares.
atNorth indique que DEN02 intégrera la technologie Direct Liquid Cooling, adaptée aux charges HPC et IA à forte densité. Cette orientation facilite potentiellement la récupération de chaleur, car les circuits liquides peuvent produire une eau plus chaude et plus directement valorisable que l’air extrait d’une salle informatique classique. Mais le rendement réel dépendra de la température disponible, de la continuité de la charge informatique, des besoins des serres et de la présence d’équipements de remontée en température.
La serre comme débouché thermique
Le projet ne fournit pour l’instant ni puissance thermique disponible, ni volume annuel de chaleur livré, ni capacité de production agricole, ni montant d’investissement. Est évoquée une serre de 30 à 40 hectares, mais le projet est en phase d’étude préalable et la culture ciblée reste à déterminer.
Cette absence de chiffres empêche de mesurer précisément le ratio entre l’électricité consommée par le data center et la chaleur effectivement valorisée. C’est un point essentiel : un campus de 250 MW peut produire une quantité considérable de chaleur, mais cette chaleur n’est pas automatiquement exploitable. Elle doit être captée, transférée, éventuellement comprimée par des pompes à chaleur, puis absorbée par un utilisateur dont les besoins varient selon les saisons.
Une serre industrielle offre un avantage par rapport à un réseau de chauffage urbain : elle peut être implantée immédiatement à côté du data center, ce qui limite les pertes et évite de financer plusieurs kilomètres de canalisations. Le site de Selected Group doit précisément être établi dans la zone attenante au campus. Cette proximité réduit le risque lié au raccordement thermique et permet de concevoir les deux infrastructures comme un système unique dès la phase de planification.
Mais elle crée aussi une dépendance opérationnelle. Une serre a besoin de chaleur en hiver, tandis qu’un data center fonctionne en continu. En été, la demande thermique peut diminuer alors que la charge informatique reste élevée. Le projet devra donc prévoir du stockage, des usages complémentaires, une capacité de rejet ou une stratégie énergétique permettant de maintenir la disponibilité du data center sans dépendre de l’absorption agricole.
Un argument d’acceptabilité territoriale
Pour atNorth, la serre constitue aussi un actif politique. Un data center de plusieurs centaines de mégawatts mobilise du foncier, sollicite le réseau électrique et peut susciter des interrogations sur l’emploi local, la consommation de ressources et l’utilité collective de l’infrastructure. En promettant de soutenir la production alimentaire danoise, l’opérateur élargit le récit : DEN02 ne serait plus seulement un consommateur d’énergie au service de l’IA, mais une brique d’un écosystème industriel local.
Selected Group affirme que la majorité des fruits et légumes frais vendus au Danemark sont importés, en particulier pendant les mois d’hiver. La serre doit donc contribuer à la production à l’année et réduire la dépendance aux importations. L’argument est cohérent avec le modèle déjà développé par le groupe en Suède, où il exploite une serre de 20 hectares à Frövi.
Il faudra toutefois distinguer les bénéfices annoncés des résultats mesurables. La réduction d’empreinte carbone dépendra du mix électrique, du recours éventuel à des chaudières d’appoint, de l’éclairage horticole, des engrais, du transport et du taux réel de substitution au chauffage fossile. Une serre chauffée par de la chaleur récupérée peut réduire fortement ses émissions, mais elle reste une installation industrielle énergivore si elle doit assurer un éclairage artificiel intensif en hiver.
Le projet DEN02 illustre enfin une évolution du marché : la chaleur réutilisée devient un critère de localisation au même titre que la fibre, le foncier et la disponibilité électrique. atNorth a déjà annoncé d’autres opérations de récupération thermique dans les pays nordiques, notamment avec un réseau de chauffage urbain au Danemark et un magasin en Finlande. Le site DEN01, près de Copenhague, doit ainsi fournir de la chaleur à plus de 8 000 logements à partir de 2028.
Mais l’ampleur de DEN02 change l’équation. Un campus de 250 MW ne peut pas être justifié par la seule promesse d’une serre : il doit disposer d’un raccordement électrique robuste, de capacités de refroidissement redondantes et d’un débouché thermique dimensionné par phases. La priorité opérationnelle restera la disponibilité informatique ; la valorisation de chaleur devra s’adapter à cette contrainte, et non l’inverse. À Ølgod, l’enjeu n’est donc pas seulement de recycler des calories. Il s’agit de démontrer qu’un projet d’IA de très grande taille peut s’insérer dans une stratégie territoriale combinant énergie, agriculture, emploi et souveraineté.

