Le pari démesuré de la Corée du Sud sur ses data centers IA

Séoul veut faire des data centers le cœur de sa stratégie industrielle, avec un plan industriel hors norme de 18,4 GW visés d’ici 2035 et 1,43 quadrillion de won (919 milliards de dollars) d’investissements annoncés.

Le gouvernement sud-coréen a présenté trois « mega projects » couvrant les semi-conducteurs, la robotique dopée à l’IA et les data centers, pour un total annoncé de 1,43 quadrillion de won, soit 919 milliards de dollars. Dans ce paquet, le volet data centers vise 18,4 GW de capacité à l’horizon 2035, en deux étapes : 8,4 GW d’ici 2029, puis 10 GW supplémentaires entre 2030 et 2035. La première phase représenterait environ 550 000 milliards de won d’investissements, avec SK à 5 GW, GS à 2,4 GW et Naver à 1 GW.

Ce cadrage donne l’échelle du choc industriel recherché. À titre de comparaison, le secteur sud-coréen n’aurait représenté qu’environ 1,9 GW de capacité data center fin 2024. Autrement dit, Séoul parie sur un quasi-saut d’échelle, avec une multiplication d’environ sept fois de son parc en une décennie.

La politique publique coréenne ne crée pas ex nihilo une filière, elle tente plutôt de la coordonner à grande échelle. Le message envoyé aux conglomérats est clair : l’État soutiendra le foncier, les permis et la construction, mais attend en retour une localisation hors de la région de Séoul pour desserrer la pression sur le réseau. Car le cœur du dossier n’est pas le financement, mais l’électricité.

The Korea Herald rappelle que plus de 70 % des data centers sont déjà concentrés dans la région de la capitale, ce qui accentue les risques de surcharge réseau, de goulets de transmission et d’instabilité d’alimentation. Les difficultés de l’IA coréenne ne se résument plus à l’accès aux GPU, mais à la capacité de transport et de distribution de l’électricité.

Cette tension explique le virage réglementaire engagé depuis plusieurs mois. En février, le gouvernement a commencé à assouplir les règles permettant aux data centers installés dans des zones d’énergie distribuée d’acheter directement de l’électricité renouvelable via des PPA. En mars, un projet de loi spécial sur les data centers IA a encore renforcé l’idée d’un cadre accéléré, avec des procédures de permis simplifiées et des exceptions ciblées pour le raccordement et l’évaluation d’impact réseau. Séoul sait donc que la vitesse d’exécution dépendra moins des annonces que de la capacité à contourner ou réformer des règles de réseau devenues trop rigides.

Le gouvernement pousse donc des implantations hors du Grand Séoul pour réduire la congestion et profiter de zones dotées de ressources renouvelables ou d’une meilleure marge réseau. Des localisations comme Ulsan, Donghae, Sejong ou le Honam apparaissent comme des têtes de pont, car elles combinent foncier industriel, accès potentiel à la production électrique et volonté politique de rééquilibrage territorial.

Mais ce déport géographique n’est pas gratuit. Le secteur bute aussi sur les sites adaptés, le refroidissement et les préoccupations environnementales, en plus de l’électricité. Le plan sud-coréen ressemble ainsi à une opération de contournement : déplacer les centres de gravité vers des zones moins saturées, tout en évitant de créer de nouveaux points de tension sur les réseaux régionaux.

L’ambition sud-coréenne est cohérente avec sa stratégie de souveraineté industrielle : semi-conducteurs, cloud, IA et énergie sont traités comme un seul système.

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