Londres aime toujours les data centers mais veut mettre les projets sous surveillance renforcée

Le Grand Londres ouvre la porte des “grey belts” aux data centers, mais durcit l’accès à l’énergie et au foncier.

Le projet de planification du Grand Londres change de logique : les data centers ne sont plus traités comme un simple usage industriel, mais comme une infrastructure à part, autorisée sous conditions sur des terrains jusque-là protégés. Derrière l’assouplissement apparent, la capitale britannique impose un filtre plus strict sur le raccordement, l’eau, le recyclage de chaleur et les impacts environnementaux.

Un tournant réglementaire

Le nouveau projet de London Plan introduit, pour la première fois, une politique dédiée aux data centers. Avec un message politique du maire Sadiq Khan qui place le secteur parmi les « industries du futur » et accepte qu’il puisse accéder à des terrains de type grey belt en dehors des zones de croissance révisées de la capitale.

C’est un changement important, car le document ne traite plus les data centers comme des bâtiments industriels ordinaires. Ils sont désormais exclus de la définition d’« industrial land », ce qui signifie qu’un projet ne pourra plus se contenter d’une logique d’extension industrielle classique. Il faudra une inscription dans un plan local, ou passer par le test propre au London Plan.

Une ouverture très conditionnelle

L’accès au foncier est accordé, mais sous réserve d’un test en cinq points : capacité du réseau électrique, disponibilité de l’eau, effets de cluster, potentiel de récupération de chaleur et compatibilité avec les besoins en logement. Le plan ajoute une contrainte environnementale précise : l’impact des groupes électrogènes de secours sur l’Epping Forest Special Area of Conservation devra être examiné, avec une attention particulière portée à la pollution atmosphérique.

Autrement dit, Londres ne “favorise” pas les data centers au sens traditionnel du terme ; elle leur ouvre un corridor d’implantation en échange d’exigences plus lourdes sur l’énergie, les nuisances et l’usage du sol. Le signal est favorable aux investisseurs, mais il resserre aussi le couloir réglementaire.

L’énergie comme véritable goulot

Le point le plus structurant n’est pas le foncier, mais le raccordement. Le London Plan impose aux porteurs de projets de plus de 100 MW d’entrer en relation directe avec le National Energy System Operator et National Grid, et avec les opérateurs d’eau quel que soit le volume du projet.

Cette disposition traduit une réalité physique : à Londres, la limite n’est pas seulement la disponibilité du terrain, mais la capacité du réseau à absorber des charges massives, souvent continues, dans un contexte de concurrence avec l’habitat, les transports et d’autres usages stratégiques. Le plan reconnaît explicitement que les data centers font partie des « growing uses » qui se disputent le foncier et les infrastructures avec le logement.

Ce que révèle le débat londonien

Derrière la rhétorique de la “croissance numérique”, le sujet central reste la hiérarchie des usages du territoire. Les data centers consomment moins de trafic que la logistique ou le commerce lourd, mais ils mobilisent beaucoup plus de puissance électrique, de foncier bien connecté et, de plus en plus, des arbitrages hydriques et environnementaux. Le plan londonien entérine cette spécificité.

L’autre point sensible est la chaleur fatale. Il pointe le manque de stratégie coordonnée pour valoriser la chaleur rejetée par les sites, alors même que le secteur est connu pour son intensité énergétique. Londres tente donc de transformer une contrainte en bénéfice potentiel, mais sans garantie de modèle économique généralisable.

Un cadre encore mouvant

Le texte est encore au stade de projet : consultation jusqu’au 15 octobre 2026, puis examen indépendant, avec adoption attendue en 2028. Cela laisse du temps, mais aussi beaucoup d’incertitude sur la version finale des seuils, des critères de site et des exigences de mitigation.

Pour les opérateurs, l’enjeu est double. D’un côté, la capitale britannique envoie un signal de prévisibilité bienvenue à un marché en tension. De l’autre, elle confirme que les futurs data centers ne seront plus évalués seulement sur leur capacité à être financés ou loués, mais sur leur capacité à se raccorder, à se refroidir, à ne pas saturer l’eau locale et à cohabiter avec les objectifs climatiques et résidentiels.

Donc Londres ne libéralise pas le data center, elle le requalifie en infrastructure stratégique, mais sous surveillance renforcée. Pour les promoteurs et les hyperscalers, le vrai défi ne sera pas seulement de trouver du terrain, mais de prouver qu’ils savent sécuriser le mégawatt, l’eau et l’acceptabilité locale dans un espace déjà sous tension.

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