Après trois frappes contre Yandex, les drones ukrainiens ont visé le data center Sberbank de Balakovo, futur hôte du plus puissant supercalculateur russe, confirmant que c’est toute la chaîne de souveraineté numérique russe – énergie, calcul, cloud, services publics et IA – qui devient une cible stratégique.
Les drones ukrainiens ont frappé, dans la nuit du 13 au 14 octobre 2026, le data center de Sberbank à Balakovo, dans l’oblast de Saratov. Sberbank confirme l’attaque tout en affirmant que ses systèmes et services bancaires fonctionnent normalement, sans blessé parmi ses employés. Mais l’événement dépasse largement le bilan opérationnel immédiat : il frappe le site présenté comme le plus puissant data center de Russie en capacité de conception, et destiné à accueillir dès 2027 le plus grand superordinateur du pays.
Une cible à 650 km du front
Balakovo n’est pas un site périphérique. Situé à environ 650 à 700 km de la frontière ukrainienne, le data center est adossé à la centrale nucléaire de Balakovo et au barrage hydroélectrique de Saratov, deux atouts décisifs pour un campus de calcul intensif : accès à une énergie abondante, stable et, en théorie, compétitive.
Le site devait couvrir environ 55 000 m², avec une capacité de conception annoncée à 82 MW, 3 000 baies serveurs et jusqu’à 120 000 serveurs. Sberbank avait lancé sa construction en 2021 pour un investissement rapporté à 122,2 milliards de roubles, soit environ 1,4 milliard de dollars, avec une mise en service complète envisagée à l’horizon 2030.
Ces chiffres placent Balakovo dans une autre catégorie que la majorité des data centers russes. À 82 MW, il se rapproche des grands campus hyperscalers européens, non pas par la seule surface, mais par la puissance électrique mobilisable et la vocation à héberger du calcul haute performance. C’est précisément cette densité de valeur – énergie, serveurs, données bancaires, charges IA et services publics – qui en fait une cible de guerre.
Continuité de service : le récit officiel sous tension
La communication de Sberbank est sans ambiguïté : « tous les systèmes et services fonctionnent normalement ». Mais ce discours contraste avec les signaux remontés par les services de surveillance de pannes russes, qui ont fait état d’une hausse des plaintes d’utilisateurs concernant l’application Sberbank, l’accès aux comptes et GigaChat.
Le fait que la Russie ait dû accompagner Yandex dans une migration de systèmes essentiels montre que la redondance géographique était insuffisante, ou du moins insuffisamment protégée face à une campagne de frappes coordonnée.
La proximité énergétique, centrale nucléaire et barrage hydroélectrique, crée aussi une dépendance territoriale. Un site adossé à des actifs électriques majeurs devient plus difficile à déplacer, à dupliquer ou à remplacer rapidement. La sécurisation d’un data center ne peut plus se limiter aux périmètres classiques, elle doit intégrer désormais la défense contre les drones, la compartimentation physique des halls informatiques, la résilience des réseaux de collecte et la capacité à opérer en mode dégradé.
La frappe de Balakovo confirme ainsi un basculement doctrinal : les data centers ne sont plus seulement des actifs économiques, mais des infrastructures critiques de guerre. Ils portent les services bancaires, les plateformes cloud, les services publics numériques et les capacités d’IA souveraine. Politico relève d’ailleurs que le site de Sberbank devait servir non seulement la banque, mais aussi une série de services publics en ligne.
La Russie voulait faire de Balakovo la vitrine de son ambition IA. La frappe du 14 octobre transforme ce projet en cas d’école : dans un contexte de conflit prolongé, la performance d’un data center ne vaut que si son alimentation, son refroidissement, son réseau, son foncier et sa protection physique peuvent survivre à une attaque.

