OVHcloud : la discipline financière prépare une nouvelle phase de croissance et d’IA

Avec un chiffre d’affaires de 1,145 milliard d’euros et une marge d’EBITDA ajusté de 42 %, OVHcloud clôture son exercice 2026 sur une accélération commerciale. Dans son communiqué du 20 octobre, Octave Klaba présente les résultats d’une année de reprise en main et fixe la prochaine étape : dépasser 10 % de croissance en 2027. Pour les acteurs du data center, cette trajectoire repose notamment sur la valorisation des capacités électriques déjà raccordées, la maîtrise des investissements matériels et le déploiement d’une stratégie IA renouvelée.

« L’exercice 2026 a été celui de la discipline », résume Octave Klaba. Douze mois après son retour, le dirigeant met en avant un pilotage resserré des stocks, des dépenses d’investissement et des coûts opérationnels. Le groupe annonce avoir atteint l’ensemble de ses objectifs pour l’exercice clos le 31 août 2026.

Le chiffre d’affaires progresse de 7,2 %, à taux de change et périmètre constants, et de 5,6 % à données publiées. La croissance organique dépasse ainsi légèrement la fourchette de 5 à 7 % visée par OVHcloud. Surtout, elle s’accélère au second semestre : après 6 % au premier trimestre et 5,1 % au deuxième, elle atteint 6,9 % au troisième, puis 10,5 % au quatrième.

Avec 300,4 millions d’euros de revenus sur les trois derniers mois, le groupe franchit un nouveau seuil trimestriel. Son chiffre d’affaires mensuel dépasse également 100 millions d’euros en fin d’exercice. Le taux de rétention nette des revenus s’établit à 103 % : les revenus issus des clients déjà présents un an auparavant progressent donc malgré les départs de clients.

Le cloud public accélère, le Bare Metal reste le socle

Le cloud public constitue le moteur le plus dynamique du portefeuille. Son chiffre d’affaires atteint 255,1 millions d’euros, en hausse de 18,9 %, avec une progression de 24,3 % au quatrième trimestre. Il représente désormais 22,3 % des revenus du groupe.

OVHcloud attribue cette performance à l’élargissement de son catalogue, aux ventes croisées et à l’acquisition de clients. La montée en puissance des régions 3-AZ, notamment celle de Paris, contribue également à cette dynamique. En France, le cloud public devient le premier contributeur à la croissance du groupe.

Le cloud privé conserve toutefois un poids prépondérant : 690,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 60,3 % du total. Sa croissance organique annuelle de 4,5 % masque, là encore, une accélération en fin de période, à 7,1 % au quatrième trimestre. Le Bare Metal bénéficie du repositionnement des offres d’entrée de gamme et du développement des ventes additionnelles auprès des clients en croissance.

Le Webcloud et les autres activités réalisent pour leur part 199,7 millions d’euros de revenus, en progression de 3,2 %. Le groupe signale des volumes quotidiens records sur les noms de domaine, qu’il relie notamment à la demande associée au vibe coding et à l’IA.

Des capacités électriques raccordées pour accompagner la demande

Pour les professionnels des infrastructures, l’un des éléments les plus structurants du communiqué concerne la réserve de capacité. OVHcloud annonce disposer de 250 MW de puissance électrique raccordée, dont 140 MW en exploitation. Le groupe estime pouvoir ainsi soutenir sa croissance sans devoir construire de nouveaux sites.

Cette distinction entre puissance raccordée et puissance en exploitation est centrale dans sa présentation industrielle : OVHcloud entend exploiter davantage son infrastructure existante tout en maintenant une discipline d’investissement. Le communiqué ne précise cependant ni le calendrier de mobilisation de cette réserve, ni les dépenses nécessaires à son équipement.

Parallèlement, l’entreprise étudie « différents scénarios d’évolution de la structuration de ses infrastructures » pour préparer d’éventuelles extensions et la montée en puissance de son activité GPU. Aucun schéma précis n’est annoncé à ce stade. Le groupe déclare exploiter plus de 500 000 serveurs dans 46 data centers répartis sur quatre continents.

Composants : sécuriser les approvisionnements sans relâcher la discipline

La hausse des prix de la mémoire et des disques a conduit OVHcloud à anticiper une partie de ses achats. Les décaissements d’investissement atteignent 422,4 millions d’euros en 2026, dont 49,5 millions consacrés à des composants destinés strictement à une utilisation en 2027.

Après correction de cette anticipation, le groupe présente des capex de 372,9 millions d’euros, soit 32,6 % du chiffre d’affaires, sous la fourchette cible de 33 à 35 %. Cette lecture ajustée doit donc être distinguée du montant effectivement décaissé pendant l’exercice.

La politique d’approvisionnement s’accompagne d’ajustements tarifaires ciblés. OVHcloud indique avoir mutualisé la répercussion de l’inflation des composants sur son parc récent et sur les nouvelles commandes. « Nous avons ajusté nos tarifs de manière mesurée », souligne Octave Klaba, qui met également en avant un pilotage des stocks permettant de répondre en quelques jours aux évolutions de la demande.

La rentabilité progresse, avec une vigilance sur la lecture du cash-flow

L’EBITDA ajusté atteint 480,5 millions d’euros, en hausse de 9,7 %, et sa marge gagne 1,6 point, à 42 %. L’amélioration est donc plus rapide que celle du chiffre d’affaires publié. OVHcloud précise néanmoins que la conversion d’environ 70 % du revenu additionnel en EBITDA reste exceptionnelle : ce niveau ne doit pas être considéré comme un rythme récurrent.

Le résultat opérationnel s’établit à 77,8 millions d’euros, soit une marge de 6,8 %, après 378,3 millions d’euros de dotations aux amortissements et dépréciations. Le bénéfice net atteint 9,4 millions d’euros, contre 0,4 million un an auparavant.

Le groupe met surtout en avant un levered free cash-flow positif de 24,7 millions d’euros, contre −27 millions en 2025, une première depuis son introduction en Bourse. Ce résultat appelle une précision importante : l’indicateur présenté intègre un retraitement de 49,5 millions d’euros au titre du préfinancement des capex anticipés pour 2027. Le franchissement du seuil positif s’apprécie donc dans le cadre de cette définition ajustée, et non indépendamment de l’opération.

L’endettement financier net hors dettes locatives augmente à 1,157 milliard d’euros, contre 1,103 milliard un an auparavant. Le levier annoncé recule toutefois à 2,7 fois l’EBITDA ajusté. Sa nouvelle définition inclut les dettes locatives IFRS 16 et exclut les coûts d’émission capitalisés. OVHcloud dispose de 255 millions d’euros de liquidités disponibles, dont 200 millions de ligne de crédit non tirée, et n’annonce aucune échéance de remboursement significative avant l’exercice 2030.

L’IA entre dans une phase de déploiement

« Notre stratégie en matière d’IA est redéfinie et, en 2027, nous entrons dans la phase de déploiement », annonce Octave Klaba. Le groupe entend adresser plusieurs profils de clients, une diversification des usages qu’il présente comme un moyen de limiter le risque de ses investissements.

Cette orientation s’appuie sur trois acquisitions réalisées en 2026 : Seald, spécialiste du chiffrement de bout en bout, en janvier ; Dragon LLM, concepteur de modèles spécialisés pour les secteurs réglementés, en mars ; et Gladia, spécialiste de l’IA vocale, en juillet. OVHai Workspace, plateforme d’IA pour les entreprises dévoilée à VivaTech en juin, constitue un premier résultat annoncé de ces rapprochements. La stratégie doit être détaillée lors de l’AI Summit du 19 novembre 2026.

En 2027, transformer les capacités en création de valeur

La nouvelle organisation commerciale doit soutenir cette prochaine phase. Structurée autour des Digital Starters, Digital Scalers et Corporates, elle produit des résultats contrastés : leurs revenus progressent respectivement de 5,4 %, 12,4 % et 2,6 %. OVHcloud attend le plein effet de cette réorganisation en 2027, avec un support davantage adapté aux profils des clients et appuyé par l’IA.

Les objectifs financiers traduisent cette ambition : une croissance organique supérieure à 10 %, une marge d’EBITDA ajusté supérieure à 42,5 %, un levered free cash-flow positif, un retour sur capitaux employés supérieur à 9 % (contre 7,7 % en 2026) et un levier d’endettement inférieur à 2,7 fois.

Pour OVHcloud, l’enjeu devient celui de la valorisation des actifs : convertir la réserve électrique raccordée, les équipements sécurisés et l’élargissement du portefeuille en revenus et en rendement du capital. L’accélération du cloud public et le déploiement de l’IA devront désormais confirmer qu’une croissance plus soutenue peut aller de pair avec une meilleure efficacité des investissements.

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