À Pessac, en Gironde, un projet de data center de 8 MW porté par Sogeprom entend illustrer, à échelle modeste, les arbitrages qui structurent aujourd’hui le marché français : souveraineté des données contre pression sur le réseau électrique, valorisation de la chaleur fatale encore incertaine, et acceptabilité locale dans un contexte de saturation des capacités de raccordement.
Le projet prévoit le rachat et la démolition d’un bâtiment Orange à Pessac, à l’angle de la rue Thomas‑Edison et de l’avenue Gustave‑Eiffel, pour construire une infrastructure de plus de 8 000 m² de surface plancher, avec un coût estimé à 48,85 millions d’euros hors équipements informatiques. L’objectif affiché est de « céder l’exploitation du centre de données à un opérateur de premier rang » tout en proposant « une infrastructure en accord avec la souveraineté des données européennes et françaises ».
Le projet afficherait une puissance IT cible de 8 MW alimentée par deux points de livraison de 10 MW depuis des postes sources Enedis. Mais, même à cette échelle, Sud-Ouest souligne les impacts significatifs : à pleine occupation, la consommation annuelle est estimée à 77 gigawattheures (GWh), soit l’équivalent de la consommation de 19 250 logements selon les calculs cités par Sud Ouest.
Les oppositions au projet
Le point de tension le plus critique ne réside pas dans le foncier, mais dans l’électricité. À Pessac, le maire de Canéjan, Bernard Garrigou, a émis un avis réservé en juin 2025, alertant sur un risque d’« incapacité du réseau, au vu de son dimensionnement actuel, à desservir les futures opérations de logements prévues sur Canéjan, situées en aval du projet ». Il craint que le data center n’impose des renforcements coûteux (nouvelle ligne) qui pourraient déséquilibrer financièrement des opérations immobilières en aval.
Autre point de friction : la chaleur fatale. Le projet pessacais génère un gisement estimé à 7 GWh d’énergie thermique, selon la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE). L’étude d’impact évoque à plusieurs reprises l’hypothèse d’un raccordement à un réseau de chaleur urbain, mais sans conclusion ferme sur sa réalisation, ce que la MRAE juge « pas satisfaisant ».
Dans la synthèse de la participation publique, Sogeprom a indiqué qu’il « propose de se raccorder au réseau de chaleur et d’alimenter les bâtiments environnants ». Les opposants lui reprochent ls manque de détail sur les engagements contractuels, les calendriers ou les modèles économiques.
Sur la question de l’eau, Sogeprom met en avant une technologie de refroidissement par immersion. Là encore, les opposants reprochent des documents publics évasifs sur les volumes d’eau réellement nécessaires. La synthèse de la participation publique mentionne « quelques dizaines de mètres cubes » avec une seule alimentation, mais reconnaît qu’« il n’y a pas de donnée chiffrée plus détaillée ».
Le projet prévoit également l’installation de groupes électrogènes de secours, alimentés en carburant HVO. Sur le plan acoustique, un bureau d’études confirme en 2025 que les dispositifs de pièges à son et d’encoffrements permettent de respecter la réglementation, avec une surveillance du niveau sonore imposée au plus tard un an après le démarrage de l’exploitation.
Enfin, une petite bâtisse annexe est prévue comme « espace pédagogique dédié à la sensibilisation des publics à l’univers des données numériques ».

