Amazon Web Services (AWS) dévoile Sta’O’Nuk – « serpent de foudre » selon la langue indienne quinault dont la tribu est présente sur le lieu d’atterrissage américain –, un câble sous-marin dédié de 420 Tbps entre le Japon et les États-Unis, avec mise en service prévue en 2029. L’angle est de désengorger les corridors historiques de Californie/Oregon, créer une voie indépendante via l’État de Washington et renforcer la résilience du réseau global face aux risques géophysiques et aux pannes concentrées.
Le système sous-marin Sta’O’Nuk repose sur 20 paires de fibres et les derniers équipements de transmission sous-marine, pour une capacité totale de 420 Tbps. À titre d’illustration, AWS indique que cela équivaut à diffuser environ 13 millions de films en HD simultanément.
Le câble atterrira dans l’État de Washington, nouveau point d’atterrissage US et première infrastructure internationale à y poser pied depuis près de 30 ans (les précédents grands systèmes transpacifiques dataient de 1999).
Côté Japon, AWS vise la diversification avec un point d’atterrissage « diversifié » par rapport aux hubs traditionnels (péninsule de Chiba, site de Shima), afin d’éviter les points de défaillance communs.
Sta’O’Nuk s’insérera dans le réseau mondial d’AWS (plus de 20 millions de km de fibre, 39 régions, 124 zones de disponibilité, 46 Local Zones, et plus de 750 PoP), avec gestion intelligente du trafic et chemins géographiquement indépendants.
Pourquoi Washington ? Arbitrage de résilience et de latence
La concentration des câbles transpacifiques sur la côte Ouest (Californie, Oregon) crée une exposition commune à des aléas multiples : séismes, activités de pêche, ancrages, travaux sous-marins, et risques d’incidents en cascade. En ouvrant un corridor vers Washington, AWS réduit les points de défaillance partagés et améliore la tolérance aux pannes pour les workloads sensibles à la latence et à la continuité de service.
Côté terrestre, le projet s’appuie sur un nouveau site d’atterrissage (cable landing station, CLS) à Ocean Shores (État de Washington), porté par Toptana Technologies, conçu pour accueillir jusqu’à quatre systèmes sous-marins, avec une extension possible. Le backhaul terrestre reliera Ocean Shores à Seattle et Hillsboro (Oregon) le long du corridor I‑5, créant un axe nord-sud qui alimente directement les grands bassins de data centers du nord-ouest américain.
L’IA redessine la cartographie des câbles
La demande de bande passante transpacifique explose sous l’effet de l’IA, du cloud et de la réplication inter-régions. Les hyperscalers (Google, Meta, Microsoft, Amazon) pilotent désormais la conception des routes en fonction de leurs cartes de data centers et de leurs priorités de latence. Sta’O’Nuk s’inscrit dans une vague d’investissements massifs :
- Meta prévoit Meridian (transpacifique, 20 Pbps de capacité de conception, mise en service en 2029) et soutient d’autres systèmes comme Candle (24 paires, 570 Tbps) qui renforcent les passerelles Asie–Pacifique.
- NTT et partenaires ont mis en service Juno (Tokyo–Los Angeles, 350 Tbps) en 2025, et d’autres consortiums déploient des systèmes intra-Asie à très haute capacité (ex. I‑AM Cable, ~320 Tbps).
Le marché mondial des câbles sous-marins, évalué à environ 31–33 milliards dollars en 2025–2026, devrait atteindre 56–70 milliards de dollars d’ici 2035, porté par l’IA, le cloud et la 5G.
Dans ce contexte, 420 Tbps supplémentaires sur un axe Japon–États-Unis ne sont pas anodins : ils offrent à AWS une marge de manœuvre pour les entraînements distribués de modèles d’IA, la réplication de données, les transactions financières et le streaming à faible latence entre l’Amérique du Nord et l’Asie-Pacifique.
Ce que cela signifie pour les opérateurs et investisseurs
Pour les décideurs infrastructures, Sta’O’Nuk est un signal fort : la valeur se déplace des corridors saturés vers des routes indépendantes, adossées à des CLS modernes et des backhauls terrestres robustes. Pour les investisseurs, le projet confirme que la capacité sous-marine est désormais une brique d’infrastructure IA, au même titre que les GPU et l’alimentation électrique.
L’orientation du projet est lisible : AWS construit un axe résilient, à haute capacité, aligné sur ses régions cloud et ses besoins IA, en contournant les points de congestion historiques de la côte Ouest.

