Strasbourg, le projet ÆTHER d’AI gigafactory emmené par 2CRSi

Le consortium européen ÆTHER Infrastructure, emmené par 2CRSI, promet de transformer deux sites industriels strasbourgeois en campus européens de calcul intensif, jusqu’à 400 MW.

À Strasbourg, l’intelligence artificielle pourrait bientôt changer d’échelle. Le fabricant de serveurs 2CRSi porte, avec le consortium européen ÆTHER Infrastructure, un projet de deux campus dédiés au calcul IA, baptisés FR-SXB1 et FR-SXB2. Le premier démarrage est annoncé pour 2027, sous réserve de la finalisation des acquisitions immobilières. La puissance électrique initiale cumulée atteindrait 42 MW, avec environ 40 MW supplémentaires visés dans les douze mois suivants. À plus long terme, ÆTHER affiche une ambition supérieure à 400 MW.

Le contraste entre la première tranche et l’objectif final résume toute la difficulté du dossier. Entre 42 MW annoncés au lancement et plus de 400 MW à terme, il ne s’agit pas d’un simple agrandissement technique, mais d’un changement de catégorie industrielle. La faisabilité dépendra de la disponibilité du réseau, des propositions de RTE, des autorisations et de la demande réelle en capacité de calcul.

Une ambition européenne très documentée

Le consortium réunit un éventail large d’acteurs : 2CRSi pour les serveurs, Électricité de Strasbourg et Socomec pour l’énergie, Equans et Demathieu Bard pour la construction, Projex pour l’ingénierie, Nhood pour la transformation immobilière, Dassault Systèmes via Outscale pour le cloud, ainsi que SiPearl, Axelera AI, Viridien et Haffner Energy. L’objectif est de présenter une chaîne de valeur européenne, depuis les composants et l’intégration jusqu’à l’exploitation du cloud et du calcul scientifique.

Le projet s’inscrit dans l’appel européen consacré aux « AI Gigafactories », présenté comme un instrument de souveraineté numérique et industrielle. Le consortium souhaite déployer plusieurs dizaines de milliers de processeurs et d’accélérateurs, avec un accès bare metal destiné notamment aux acteurs européens émergents. Cette ouverture doit permettre de tester et d’industrialiser des architectures alternatives aux plateformes dominées par Nvidia et les grands hyperscalers américains.

L’argument industriel est solide : réutilisation de sites existants, limitation de l’artificialisation des sols, intégration d’acteurs régionaux et promesse d’un réseau de campus interconnectés en Europe. Mais une candidature européenne ne vaut pas encore financement, et une négociation exclusive ne vaut pas acquisition définitive.

Le foncier et le calendrier restent conditionnels

En juillet, un communiqué évoquait deux sites industriels dans la région strasbourgeoise. FR-SXB1 pourrait entrer en service en 2027, à condition que son acquisition soit finalisée avant la fin octobre 2026. FR-SXB2 suivrait quelques mois plus tard, sous réserve d’une acquisition avant la fin décembre 2026. Les installations seraient déjà dotées des infrastructures et autorisations administratives requises, selon ÆTHER.

Le précédent communiqué de février 2026 était plus prudent. Il mentionnait une première capacité de 40 MW et un objectif maximal de 300 MW, tout en précisant que cette trajectoire restait soumise aux vérifications techniques avec RTE, aux autorisations réglementaires et à la montée de la demande. En quelques mois, l’ambition publique est passée de 300 MW pour un site à plus de 400 MW pour deux campus. Cette évolution n’est pas nécessairement contradictoire, mais elle montre que le périmètre industriel demeure en construction.

Le refroidissement change d’échelle

Le projet vise des serveurs à haute densité, avec plus de 130 kW par baie dès les premières phases. Dans une publication antérieure, ÆTHER évoquait même des densités pouvant atteindre 600 kW par rack pour les générations les plus avancées.

La valorisation de la chaleur produite est également un sujet opérationnel, pas seulement un argument environnemental. Le consortium évoque son utilisation dans des réseaux urbains ou des activités industrielles. Encore faut-il disposer d’un débouché proche, stable et compatible avec le profil de production du data center.

2CRSi insiste sur le fait qu’il n’a pas vocation à porter le capital, l’immobilier ou l’énergie du projet. La structure financière serait assurée par une entité dédiée du consortium, sans inscription d’actifs immobiliers au bilan du groupe, sans augmentation de capital et sans modification du périmètre de consolidation.

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