Distribution 800 V DC, sidecars de puissance, protections haute tension et télémétrie ultrarapide, l’IA impose une refonte de la chaîne électrique, du réseau moyenne tension jusqu’au rail d’alimentation du GPU, une tendance qui va peser sur les data centers. C’est ce qu’a démontré l’Open Compute Project (OCP) Summit, le débat a basculé du GPU vers le courant.
Le signal le plus fort d’OCP 2026 n’est pas une nouvelle génération d’accélérateurs, mais la convergence de toute la chaîne d’alimentation autour du 800 V DC. Les racks IA, tirés par les architectures NVIDIA MGX et les futurs systèmes Vera Rubin, exigent désormais des densités qui rendent les architectures 48 V et les conversions en cascade moins tenables. L’infrastructure physique IA n’est plus un sujet de spécialistes mais un marché de masse, qui cherche des réponses concrètes au raccordement, à la densité et à la résilience électrique.
800 V, rail GPU, sidecar…
L’enjeu du 800 V DC dépasse la performance ponctuelle, l’objectif est de rapprocher la conversion de la charge afin de réduire les pertes, de libèrer de l’espace carte et de simplifier le chemin électrique. Mais cette approche concentre aussi davantage de puissance sur des surfaces réduites, ce qui déplace la difficulté vers le refroidissement des étages de conversion, la qualité des transitoires et la protection contre les défauts.
La véritable bascule opérationnelle vient du « sidecar » 800 V DC : un module adjacent au rack IT qui convertit l’AC en 800 V DC et externalise power shelves et batteries hors de l’enceinte serveur. Cette architecture répond à une contrainte physique simple : un rack IA ne peut plus contenir à la fois des dizaines de kW de calcul, ses convertisseurs, ses batteries et son refroidissement sans sacrifier de la capacité utile. Le sidecar libère de l’espace dans le rack, facilite la maintenance et prépare des densités de 250 kW, voire 1 MW par rack selon les trajectoires évoquées par l’écosystème OCP.
Le passage à 800 V DC ne se résume pas à élever la tension. Il impose de repenser les coupe-circuits, l’isolement, l’arc flash, la limitation des courants de défaut et la coordination entre batteries, condensateurs et bus DC. La télémétrie devient également un composant de disponibilité, pour surveiller en continu les microcoupures et transitoires de rails d’alimentation à l’échelle de la nanoseconde. À mesure que les charges GPU deviennent plus pulsées, la détection précoce des anomalies électriques devient aussi stratégique que le dimensionnement des onduleurs.
Côté moyenne tension et transformateurs statiques, plus en amont donc, les transformateurs à état solide (SST) attirent l’attention malgré des déploiements encore limités. La promesse est de remplacer une partie du transformateur classique, du redressement et du switchgear par de l’électronique de puissance, afin de raccourcir le trajet du réseau au rack. OCP vise des SST jusqu’à 10 MW avec au moins 98 % de rendement entre mi-charge et pleine charge. Reste que la fiabilité en exploitation, les pratiques de mise à la terre, la protection et l’industrialisation ne sont pas encore démontrées à l’échelle hyperscale.
Le data center devient un acteur réseau
OCP a également publié une spécification de résilience réseau portée par Google, Meta, Microsoft et NVIDIA, visant un retour proche de la pleine charge en moins de deux secondes après une perturbation du réseau électrique. L’initiative accompagne la création d’un projet OCP dédié à l’énergie, aux stockages et à l’interaction entre data centers et gestionnaires de réseau.
C’est peut-être le changement le plus structurant. Les data centers IA ne peuvent plus être de simples charges passives. Batteries, supercondensateurs, groupes de secours, micro-réseaux et capacités de flexibilité deviennent des ressources susceptibles d’absorber les variations de charge GPU et de soutenir le réseau. Cette évolution ouvre une voie au raccordement, mais elle accroît aussi les exigences de conformité, de coordination avec les gestionnaires de réseau et de maîtrise des risques électriques.
OCP 2026 aura confirmé trois arbitrages majeurs pour les exploitants :
- Architecture électrique : le 800 V DC devient le référentiel des racks IA, mais son déploiement dépend de la maturité des protections, des PDU DC et des stratégies de stockage.
- Refroidissement : les plaques froides prennent le pas sur les seules CDU comme centre de valeur, tandis que le biphasé se rapproche pour les flux thermiques extrêmes.
- Raccordement : les SST, micro-réseaux et spécifications de résilience déplacent la contrainte du bâtiment vers l’interface avec le réseau moyenne tension.

