La start-up nantaise Circeo propose un trimaran autonome à coque métallique de 80 mètres, sans équipage, dont la mise à l’eau est visée d’ici la fin 2029. Le navire embarquerait un data center d’une puissance de calcul de 2,4 MW, alimenté par une éolienne de 3 MW installée à bord.
La proposition ne se réduit pas à une image spectaculaire. Elle répond à trois contraintes désormais centrales du marché : la rareté des capacités de raccordement au réseau, la pression sur le foncier proche des bassins de consommation et la nécessité d’accéder à une ressource de refroidissement abondante. En haute mer, le projet entend utiliser le vent comme source d’énergie et l’eau de mer comme puits thermique, tout en évitant une interconnexion terrestre.
- Image d’en-tête : Circeo
Le trimaran serait propulsé par deux rotors Flettner, des rotors verticaux exploitant l’effet Magnus pour produire une force de propulsion. Cette solution réduit la dépendance au carburant, mais impose une gestion fine de la stabilité, du cap et de la résistance à l’avancement.
Le point le plus singulier est le plan antidérive breveté : il doit créer la résistance hydrodynamique nécessaire au fonctionnement de l’éolienne embarquée. Autrement dit, le bâtiment ne cherche pas seulement à avancer ; il doit rester suffisamment stable et opposé au vent pour que la turbine produise de façon exploitable.
Sur le papier, l’éolienne dépasse la puissance informatique de 0,6 MW. Mais cette marge est mince une fois intégrés le refroidissement, la conversion et le stockage d’énergie, l’électronique de puissance, les auxiliaires, les pertes de câblage et les périodes de vent faible ou excessif.
Un data center ne consomme pas une puissance constante « utile » : il exige une alimentation stable, redondante et pilotable. Or la production éolienne est par nature variable. Sans batterie, hydrogène, groupe de secours ou mécanisme d’effacement des charges, un tel navire devra soit réduire la puissance de calcul, soit accepter des interruptions, deux options peu compatibles avec les attentes des clients cloud et IA.
Le projet gagne en cohérence si l’objectif est du calcul tolérant à la latence et aux interruptions : entraînement par lots, simulation, rendu, archive froide, traitement scientifique ou certaines charges d’IA asynchrones. Il devient beaucoup plus difficile pour des services transactionnels, du temps réel ou des architectures à haute disponibilité.
Circeo prévoit de transmettre les données par réseaux satellitaires à haut débit. C’est le second verrou majeur : la bande passante satellitaire reste coûteuse, partagée et exposée aux aléas orbitaux, météorologiques et géopolitiques.
Pour un site de calcul IA, la question n’est pas seulement le débit descendant. L’entraînement distribué, la réplication, les sauvegardes et l’ingestion de données peuvent mobiliser des flux massifs et soutenus. Une liaison satellitaire peut convenir à un navire de calcul isolé, mais elle ne remplace pas la densité de fibres, la faible latence et la diversité des routes d’un campus data center terrestre.
Un démonstrateur pour 2029
Circeo préparerait un démonstrateur de 16 mètres à Nantes, avant le trimaran de 80 mètres équipé d’une turbine de 3 MW. Cette séquence est rationnelle : elle permettra de tester la production électrique, le comportement du plan antidérive, la propulsion par rotors Flettner et la tenue des serveurs en milieu marin.
Restent les sujets rarement mis en avant : certification d’un navire autonome, assurance, responsabilité en cas d’incident, cybersécurité d’une plateforme non habitée, maintenance en mer, corrosion, biofouling, protection contre la foudre, gestion des vagues et accès aux composants IT. À cela s’ajoute la question réglementaire : où le navire pourra-t-il stationner, sous quel pavillon, avec quelles autorisations de communication et quelles obligations environnementales ?

