ETAP, filiale de Schneider Electric, étend son positionnement historique sur les solutions de jumeau numérique électrique vers son application aux datacenters et aux AI factories. Et confirme que le jumeau numérique électrique devient un outil central pour concevoir, sécuriser et exploiter des installations de datacenters de plus en plus complexes.
DCmag a échangé avec Tanuj Khandelwal, CEO d’ETAP, et son équipe française – Guillaume Horreard, Président d’ETAP France, et Yohann Riffard, Directeur Commercial.
Née de l’acquisition en 2018 et 2019 par Schneider Electric de deux sociétés françaises spécialisées dans le jumeau numérique électrique, ETAP affiche 40 ans d’existence et une activité centrée sur les logiciels et solutions pour les systèmes électriques. L’entreprise se présente comme indépendante et agnostique vis-à-vis des fabricants, capable d’intégrer différents matériels et partenaires dans une représentation numérique cohérente des actifs. Elle couvre plusieurs secteurs, notamment les centrales nucléaires, l’aéronautique, les réseaux électriques, les transports, les infrastructures portuaires et aéroportuaires, ainsi que plus récemment les AI factories et les semi-conducteurs.
La solution ETAP est décrite comme capable de tourner sur un simple PC pour les cas courants, ou dans le cloud pour les simulations plus lourdes. Les fonctionnalités les plus mises en avant dans l’usage du jumeau numérique sont la simulation de défauts, la maintenance prédictive, l’analyse de scénarios d’exploitation, la production de documents de raccordement et l’intégration de sources multiples d’énergie comme le photovoltaïque, les batteries ou l’éolien.
L’activité française d’ETAP représente environ 200 collaborateurs, plus de 15 000 clients, plus de 50 000 licences utilisées et environ 2 000 utilisateurs formés chaque année. ETAP affiche également plusieurs références et partenariats historiques, notamment dans l’électricité embarquée pour Airbus, ainsi que des engagements dans des associations sectorielles comme France Data Center.
Les enjeux industriels du jumeau numérique dans le datacenter d’IA
Dans le datacenter, au-delà de la conception et de la construction, ETAP considère le jumeau numérique comme un outil d’exploitation en temps réel, connecté aux équipements physiques et comparant le fonctionnement réel du datacenter avec son modèle numérique. Maintenance prédictive, optimisation du PUE, optimisation des charges énergétiques selon les prix de l’électricité, arbitrage énergétique entre batterie et réseau électrique sont au rendez-vous.

ETAP a étendu le domaine de son jumeau numérique jusqu’au cœur des infrastructures d’AI dans le datacenter, avec une granularité exceptionnelle jusqu’aux composants et GPU suite à un partenariat avec Nvidia, en particulier autour d’Omniverse, la plateforme de simulation industrielle. Et un point central : dans l’ère de l’IA, la qualité des données est devenue critique. Sans base de données fiable et unifiée, les systèmes d’IA risquent de produire des résultats inexacts ou des hallucinations. Dans l’industrie électrique, le problème majeur est la fragmentation de l’information entre plusieurs départements, sans synchronisation ni source unique de vérité.
D’où l’approche d’ETAP fondée sur un jumeau numérique unique, qui accompagne tout le cycle de vie d’une installation : conception, construction, exploitation, maintenance et optimisation. L’idée clé est de conserver une même base de données et un même modèle de référence pour éviter les ruptures d’information entre les étapes du projet. Le jumeau numérique est également décrit comme évolutif, capable de conserver l’historique, d’anticiper les futurs états et de représenter différents scénarios d’exploitation, y compris les situations normales et les situations d’urgence.
Comme tous les acteurs du marché, et dans quasi tous les domaines, l’IA est aujourd’hui au cœur des stratégies… mais l’IA ne suffit pas seule : elle doit être combinée à des règles physiques pour garantir la validité des décisions. L’IA est présentée comme un moteur de synthèse et d’aide au choix, tandis que le physique sert à vérifier, valider et sécuriser les options retenues. Cette articulation entre IA, simulation et physique est au cœur de la proposition de valeur d’ETAP, qui écarte l’idée de remplacement de l’humain par l’IA mais pousse plutôt vers un humain « amplifié ».
Focus datacenters et AI factories
Une large partie de nos échanges a porté sur les défis des datacenters – qui chez ETAP sont plutôt identifiés hyperscale –, et plus particulièrement des AI factories. Ces infrastructures sont décrites comme très exigeantes en énergie, en refroidissement et en continuité de service, avec des pics de demande importants et des densités de racks de plus en plus élevées. Il a été souligné qu’une interruption de service dans un environnement d’entraînement de LLM peut entraîner des pertes financières très importantes.
Le raccordement au réseau électrique est également un sujet récurrent. Les délais classiques peuvent être très longs, alors que certains sites “fast track” identifiés en France permettraient de raccorder plus rapidement des gigafactories de 1 à 2 GW. ETAP se positionne comme un facilitateur pour produire la documentation réglementaire, simuler les scénarios de raccordement et aider à construire les dossiers techniques nécessaires.
Deux exemples de projets ont également été évoqués. Le premier concerne un acteur d’ingénierie spécialisé dans le datacenter, basé en Île-de-France, qui cherchait à modéliser un réseau électrique avec une granularité plus fine que celle des outils du marché. Le second concerne un bureau d’études généraliste, actif dans le datacenter, l’industrie et le bâtiment, qui avait besoin d’agréger des données issues de plusieurs outils et de produire une documentation homogène pour ses projets.
Intelligence énergétique
ETAP a introduit la notion d’intelligence énergétique, qui consiste à intégrer de l’intelligence à chaque niveau du réseau électrique, du transport haute tension jusqu’au GPU. Ainsi en est-il du partenariat avec Nvidia qui a été présenté comme un jalon majeur, notamment grâce à l’approche “chip to grid”, qui permet de modéliser la charge au niveau du GPU plutôt qu’au niveau du rack. Cela améliore la précision des calculs, évite le surdimensionnement et permet de mieux prévoir les pics de consommation liés aux LLM. Notons que 800 V et courant continu se profilent à l’horizon du datacenter…
Conclusion
ETAP se positionne comme un acteur de référence du numérique électrique pour les infrastructures critiques, avec une valeur forte sur la donnée unifiée, la simulation, la conformité réglementaire et l’optimisation énergétique. L’ensemble du message converge vers une idée simple : dans les AI factories et les data centers de nouvelle génération, le jumeau numérique électrique devient un outil central pour concevoir, sécuriser et exploiter des installations de plus en plus complexes.

