Selon les informations publiées après le deuxième trimestre, Alphabet a porté jusqu’à 43,8 milliards de dollars le montant potentiel de garanties liées à des locations de data centers si certains utilisateurs finaux venaient à faire défaut. Neuf mois plus tôt, ce montant s’élevait à 6,5 milliards de dollars, soit une multiplication par près de sept. Ce qui porte ses engagements immobiliers futurs à 85,2 milliards de dollars de paiements. Des contrats qui doivent commencer entre 2026 et 2031, avec des durées pouvant atteindre 26 ans.
Le groupe Alphabet (Google) ne se contente pas de louer de la capacité existante, il utilise également son bilan et sa qualité de crédit pour accélérer le financement de data centers opérés par des partenaires. Les documents réglementaires d’Alphabet confirment l’ampleur de ses engagements immobiliers futurs : 85,2 milliards de dollars de paiements liés à des contrats de location, principalement pour des data centers, n’étaient pas encore comptabilisés comme des baux démarrés au 30 juin 2026.
Cette mécanique permet à des développeurs et opérateurs tiers d’emprunter à un coût inférieur, en s’appuyant indirectement sur la solvabilité de Google. Elle accélère la construction de capacité TPU, mais concentre aussi le risque chez Alphabet. Si la demande en IA ralentit, si les clients réduisent leurs engagements ou si la valeur résiduelle des équipements chute, Google pourrait se retrouver exposé à des infrastructures construites pour des usages très spécifiques.
Le risque n’est pas nécessairement dissimulé : il est documenté dans les comptes. Mais il devient difficile à lire pour un investisseur qui ne rapproche pas les baux futurs, les garanties, les engagements d’achat d’énergie et les contrats de capacité.
L’invisibilité comptable à la sauce américaine
L’origine de cette apparente invisibilité est comptable. La norme américaine ASC 842 prévoit que le droit d’utilisation et la dette locative sont reconnus au bilan à la date de commencement du bail, c’est-à-dire lorsque l’actif est effectivement mis à disposition du locataire. Les contrats signés mais portant sur des bâtiments encore en construction restent donc généralement présentés dans les notes annexes.
Le mécanisme est cohérent sur le plan technique : avant la mise à disposition du bâtiment, le preneur ne contrôle pas encore l’actif. Mais il crée un décalage entre la réalité économique et la photographie comptable. Un hyperscaler peut avoir réservé une capacité électrique, signé un bail de quinze ans, négocié des achats de serveurs et garanti une consommation minimale sans que l’ensemble de ces obligations n’apparaisse dans les principaux indicateurs de dette.
Le problème n’est donc pas nécessairement une opacité illégale. Ces engagements sont, pour l’essentiel, déclarés dans les rapports financiers. La difficulté tient plutôt à leur dispersion et à leur hétérogénéité. Les investisseurs doivent parcourir les notes sur les locations, les engagements d’achat, les contrats de capacité, les garanties, les entités ad hoc et les obligations de construction pour reconstituer l’exposition réelle.

