Au Bourget, le nouveau maire invalide le permis de construire du datacenter de Segro

Le projet de data center du Bourget, porté par Segro, se retrouve sous forte pression : le maire Mehdi Nezzar, nouvellement élu, demande son abandon, et aurait invalidé le permis de construire, tandis que les critiques pointent un dossier jugé insuffisant sur l’environnement, l’énergie, le bruit et la santé publique. Derrière ce bras de fer local, c’est la place des infrastructures numériques en agglo qui est posée.

  • Nous publions la MRAe en fin d’article

La Ville du Bourget a réaffirmé son opposition au projet de data center sur l’ancienne friche H&M et demande son abandon dans sa forme actuelle, en appelant à un débat public avec les habitants. Cette prise de position de la nouvelle municipalité, en opposition avec la précédente qui avait donné son accord sur le permis de construire, intervient alors que l’enquête publique avait déjà mis en lumière des réserves fortes sur plusieurs points techniques. Le dossier porte sur la reconversion d’une friche industrielle de 3,7 hectares en centre de données.

Le projet prévoit une surface de plancher de 25 300 m², avec trois bâtiments techniques, 33 groupes électrogènes de secours et une puissance de raccordement de 75 MW. La consommation annoncée atteint environ 526 GWh par an, soit plus de trois fois la consommation annuelle de la commune en 2019, estimée à 236 GWh. L’Autorité environnementale relève aussi 3 369,5 tonnes équivalent CO2 par an en exploitation, sans compter certains effets de construction et de renouvellement des équipements.

Les points de friction

L’avis de la MRAe cite plusieurs angles morts : alimentation électrique, raccordement au réseau de chaleur, cheminements des réseaux, bruit, qualité de l’air et risques liés aux fluides frigorigènes. L’autorité recommande notamment de reprendre les mesures de qualité de l’air sur une période représentative, hors vacances scolaires, et d’évaluer plus finement les effets du fluide R1234ze, présenté comme peu émissif mais appartenant à la famille des PFAS. Elle demande aussi de justifier la récupération très partielle de la chaleur fatale, limitée à 12 MW sur 75 MW consommés.

Une opposition qui s’élargit

La contestation dépasse la mairie : une pétition a dépassé 18 000 signatures, soit davantage que la population de la commune, selon plusieurs sources. Les opposants dénoncent un projet jugé disproportionné dans un territoire déjà très exposé aux nuisances et à la pollution. Le site est en effet proche d’habitations, d’écoles et de crèches, ce qui renforce la sensibilité du dossier.

Au-delà du seul Bourget, ce dossier illustre la tension croissante entre transition numérique et contraintes urbaines. La reconversion d’une friche industrielle est un argument fort, mais elle ne suffit plus à dissiper les inquiétudes quand l’échelle énergétique, les émissions et les nuisances deviennent aussi massives. Ici, le projet avance avec des atouts fonciers, mais aussi avec un déficit de confiance manifeste.

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