La coentreprise de Blackstone et Google a pris le nom de Crux AI et vise 500 MW de capacité en 2027, première étape d’une montée en puissance de plusieurs gigawatts. Son pari : vendre non seulement des accélérateurs, mais une infrastructure dédiée allant du foncier à l’exploitation logicielle.
Annoncé en mai 2026, le partenariat a été officiellement lancé sous le nom de Crux AI. Blackstone s’est engagé à apporter initialement 5 milliards de dollars de fonds propres issus de fonds qu’il gère. Google doit fournir ses Tensor Processing Units (TPU), ainsi que les logiciels et services associés. L’entreprise américaine promet une autre voie d’accès à ces puces de Google Cloud, sous forme de capacité de calcul à la demande. Benjamin Treynor Sloss, ancien dirigeant des infrastructures de Google, en est le CEO.
Crux AI ne se présente pourtant pas comme un simple loueur de processeurs. Son offre regroupe alimentation électrique, data centers, réseau, accélérateurs, logiciels et opérations sous une responsabilité unique. Elle cible les laboratoires d’IA, les entreprises technologiques, les grandes organisations et les administrations qui veulent des ressources dédiées, avec des exigences de disponibilité et de performance adaptées à leurs charges de travail. C’est ce positionnement intégré – plutôt que la seule disponibilité de TPU – qui constitue le « nouvel étage » d’infrastructure revendiqué par la société.
Le choix du TPU donne à Crux AI une identité distincte des offres de calcul accéléré centrées sur les GPU. Il crée aussi une dépendance industrielle avec Google, qui fournit le silicium et une partie de la pile logicielle, tandis que Crux AI doit réunir les conditions physiques et opérationnelles pour les faire fonctionner à grande échelle. Pour un client, la question ne sera donc pas seulement le prix d’une unité de calcul, mais la capacité à déployer ses modèles sur cette architecture et à obtenir, au lieu et au moment voulus, une infrastructure réellement disponible.
L’objectif public est de mettre en service les premiers 500 MW de capacité TPU en 2027. Le site de Crux AI évoque ensuite une ambition de déploiement à la cadence de montée en capacité de 2 GW par an à partir du second semestre 2027. Crux affirme vouloir planifier, posséder et exploiter ses sites sur le long terme, avec une responsabilité couvrant aussi le refroidissement. Cette maîtrise peut faciliter la conception d’ensemble – implantation, réseau, alimentation et opérations –, mais elle concentre également les risques d’exécution.
Crux AI a réuni des atouts rares : des capitaux initiaux importants, l’accès aux TPU de Google et une ambition d’exploitation intégrée. Mais son indicateur le plus instructif ne sera pas la cadence de 2 GW par an affichée sur son site. Ce sera la quantité de capacité effectivement alimentée, refroidie, équipée et contractée. Les retards déjà rapportés montrent que, dans cette nouvelle génération de cloud IA, la promesse du calcul reste subordonnée au calendrier bien moins souple des infrastructures physiques.

