Le gouvernement a présenté ce jeudi 23 avril 2026 son plan « Électrifions la France ! Pour une énergie moins chère, plus souveraine et plus durable ». Avec son plan il veut transformer l’électricité bas-carbone en arme industrielle, sociale et géopolitique. L’objectif est clair : remplacer des importations d’hydrocarbures qui coûtent encore plus de 60 milliards d’euros par an, accélérer l’électrification des usages et faire de l’industrie comme des data centers des moteurs de souveraineté.
- Le dossier qui nous a été remis peut être consulté à la fin de l’article.
- Le volet datacenters du plan « Électrifions la France ! » fait l’objet d’un second article.
Un virage assumé
Le document qui nous a été communiqué part d’un constat brutal : en 2024, les énergies fossiles représentent encore environ 58% de la consommation finale en France hexagonale, contre 27% pour l’électricité. Le gouvernement présente donc l’électrification comme la réponse structurelle à une économie trop exposée aux chocs pétroliers et gaziers, alors que la facture énergétique du pays atteint 57,8 milliards d’euros en 2024. Le cap affiché est ambitieux : ramener la part des fossiles vers 40% en 2030 puis sous 30% en 2035, tandis que l’électricité doit monter à 38% en 2035.
Industrie : la pièce maîtresse
La partie industrie est l’ossature du plan. Le gouvernement mise sur une filière déjà bien installée : plus de 150 usines produisent en France des biens liés à l’électrification, et près de 2,6 millions d’emplois sont concernés directement ou indirectement. Les mesures clés visent à électrifier la chaleur industrielle, à soutenir les pompes à chaleur, chaudières électriques et compresseurs mécaniques de vapeur, et à accélérer les grands sites via des appels à projets dédiés. L’objectif annoncé est concret : environ 10 TWh/an pour les pompes à chaleur industrielles et 2 TWh/an supplémentaires grâce aux grands projets de décarbonation industrielle.
Le plan contient aussi une logique plus politique : raccorder plus vite les projets, en passant d’une file d’attente « premier arrivé, premier servi » à une logique « premier prêt, premier servi », et en ouvrant des raccordements temporaires pour certains sites industriels.
Sur le plan financier, l’exécutif annonce une réorientation d’environ 4,5 milliards d’euros par an d’ici 2030, en plus de 5,5 milliards déjà existants, avec un gros appui des certificats d’économies d’énergie. C’est un signal fort, mais aussi un aveu : sans argent public mieux fléché, l’électrification industrielle ne décolle pas assez vite.
Forces et limites
La force du plan tient à son réalisme industriel. Le gouvernement ne vend pas une transition abstraite : il met des chiffres, des calendriers et des publics cibles, des artisans aux transporteurs, des industriels aux gestionnaires de data centers. Il s’appuie sur une électricité déjà largement décarbonée et sur un système qui exporte encore massivement, ce qui donne une marge d’action immédiate. La faiblesse, en revanche, est connue : le succès dépendra de la rapidité des raccordements, de la stabilité des aides et de la capacité des filières à produire assez vite des équipements compétitifs.
Au fond, « Électrifions la France ! » n’est pas seulement un plan énergétique. C’est une tentative de refondre l’économie française autour d’une ressource dont elle dispose déjà, au lieu de continuer à financer des importations fossiles coûteuses et volatiles. Reste à voir si l’exécution suivra l’ambition.

