DCmag s’est entretenu avec Louis Blanchot, CEO d’Etix, qui avec l’acquisition de quatre datacenters Eurofiber en Occitanie accélère son implantation dans le Sud de la France avec une stratégie de “cluster” pour densifier son maillage régional. Dans cet entretien, Louis Blanchot détaille la nouvelle étape de croissance d’Etix, marquée par l’acquisition et par une volonté affirmée de consolider une offre de proximité, souveraine et multi-site. Il assume une ligne claire : renforcer les régions, densifier les interconnexions et rester au plus près des besoins des clients professionnels du data center.
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Une acquisition pensée pour le terrain
Etix ne cherche pas seulement à ajouter des actifs à son portefeuille. L’opération en cours doit surtout permettre de mieux couvrir l’Occitanie, et en particulier l’axe Montpellier-Toulouse, où la demande existe mais où l’offre de colocation reste encore limitée. Louis Blanchot explique que la région constitue un « bon terreau » pour développer des services adaptés, notamment grâce à son tissu industriel et à sa position sur un corridor stratégique reliant Marseille à l’Espagne.
L’Occitanie n’est pas seulement une opportunité de croissance : c’est un territoire industriel et connecté, porté par l’aéronautique et des besoins locaux en hébergement et interconnexion. Le groupe disposait déjà d’une présence locale à Toulouse et Montpellier, mais ses produits n’étaient plus complètement alignés avec la réalité du marché, en particulier pour des sites plus petits, autour de 400 kW. L’objectif est donc de proposer une offre plus pertinente, à la fois en taille et en connectivité.
Au cœur de la stratégie d’Etix, il y a l’idée de cluster : plusieurs sites dans une même région pour atteindre une taille critique sans dépendre d’un unique très grand campus. Louis Blanchot estime que cette approche permet de rendre le modèle économiquement viable tout en restant pertinent pour des clients qui ont besoin d’un accompagnement local, dans un rayon d’environ 200 km.
Il affirme d’ailleurs que le point d’équilibre est désormais atteint au niveau du groupe, qui est « rentable » et « cash flow positif ». L’enjeu n’est donc plus de prouver la viabilité du modèle, mais de continuer à le densifier et à l’industrialiser région par région.
Un budget de 20 millions d’euros
L’Occitanie n’est pas seulement une opportunité de croissance : c’est un territoire industriel et connecté, porté par l’aéronautique et des besoins locaux en hébergement et interconnexion. C’est pourquoi l’acquisition s’accompagne d’un programme de remise à niveau et d’extension des sites repris, pour un montant global de 20 millions d’euros. Louis Blanchot précise que ce budget concerne uniquement la modernisation et l’extension, hors coût d’acquisition. Etix veut mettre ces infrastructures au même standard que ses autres implantations, avec un vrai travail de transformation, et pas seulement une opération financière. Par exemple, dans le cas de Toulouse, le projet prévoit notamment l’ajout d’un nouveau mégawatt pour répondre à la demande locale.
Le groupe ne se contente pas d’une logique financière. L’objectif est de valoriser le portefeuille, d’améliorer la qualité de service et de faire monter les sites au niveau des autres implantations du groupe.
La proximité comme réponse aux clients
Notre entretien met aussi en lumière une évolution plus large du marché : les entreprises cherchent de plus en plus à reprendre la maîtrise de leurs données et à externaliser leurs équipements dans des infrastructures de confiance. Pour Etix, la réponse passe par des sites souverains, avec une gouvernance française et des actionnaires européens, et par une offre centrée sur la colocation et la connectivité, notamment les cross-connect et les fibres noires intersite. il n’est pas forcément pertinent de viser d’emblée un site unique de 5 MW à Montpellier, mais il est possible de construire un ensemble cohérent et rentable sur un bassin de 200 km.
Les clients ne cherchent pas seulement de l’espace et du power. Ils veulent aussi pouvoir s’interconnecter avec d’autres acteurs, accéder à des services complémentaires et s’inscrire dans un écosystème plus large. L’offre d’Etix reste centrée sur la colocation, avec un accent particulier sur les cross-connects et les fibres noires intersite. Le groupe s’appuie ensuite sur son écosystème d’opérateurs télécoms et de partenaires pour compléter la chaîne de valeur avec des services additionnels.
Attentes des clients et l’IA en toile de fon
Côté demande, les attentes des clients ont clairement évolué : ils cherchent à reprendre la main sur leurs données, à externaliser leurs équipements hors de leur cœur de métier et à le faire chez un opérateur souverain. Etix met en avant son ancrage français et ses actionnaires européens comme un argument de confiance, dans un contexte où la maîtrise opérationnelle et capitalistique devient un critère fort. Le groupe est rentable et cash-flow positif, mais il continue d’investir fortement avec l’appui de ses actionnaires et de ses partenaires bancaires.
Quant au sujet de l’intelligence artificielle, Louis Blanchot se montre mesuré. Il reconnaît voir apparaître des demandes ponctuelles, notamment des exigences de compatibilité entre air cooling et liquid cooling, mais estime que l’effet IA n’est pas encore massif dans ses data centers régionaux. En revanche, les sites conçus récemment, comme ceux développés sur Lille 4, sont déjà capables de répondre à ce type de besoin.
Là encore, la stratégie consiste à préparer les infrastructures à l’évolution des usages sans courir derrière les effets d’annonce.
Un marché encore inégal
Notre entretien se termine sur une note plus « politique ». Louis Blanchot dit sa frustration de voir l’attention publique et institutionnelle se concentrer surtout sur les très gros projets, souvent portés par des acteurs étrangers, alors que les data centers de proximité jouent un rôle essentiel dans l’économie réelle, en particulier pour les PME. Il regrette également les délais administratifs et réglementaires, ainsi qu’un traitement qu’il juge parfois inéquitable entre grands investisseurs et acteurs français de taille intermédiaire. Les data centers de proximité, pourtant essentiels aux PME et à l’économie régionale, peinent à obtenir le même niveau de reconnaissance…
Malgré cela, le patron d’Etix revendique une ligne pragmatique : continuer à investir, à recruter et à consolider les positions du groupe dans les régions où la demande est déjà là. Pour lui, l’avenir passe moins par la course aux méga-campus que par la capacité à bâtir des plateformes régionales robustes, interconnectées et rentables.

