Le Project Matador porte officiellement le nom « President Donald J. Trump Advanced Energy and Intelligence Campus ». Créé par Rick Perry, ex-gouverneur du Texas et secrétaire à l’Énergie, et ami proche de Donald Trump, surfant sur la vague de l’IA lancée dès son arrivée à la Maison Blanche par le Président américain, le projet pharaonique de datacenter IA texan de 17 GW est un échec.
Commençons par relativiser la présence du président américain dans ce projet : même s’il porte le nom de Donald J. Trump, ce dernier n’est pas directement à l’origine du projet. Peut-être opportuniste y a-t-il déposé quelques billes… Ses fondateurs, Rick Perry et des alliés politiques proches du président, ont utilisé son nom comme levier d’attraction politique et financier, et pour positionner le projet dans une logique de souveraineté IA. Trump n’est ni opérateur, ni investisseur direct identifié.
Le projet pharaonique de datacenter IA « President Donald J. Trump Advanced Energy and Intelligence Campus » est porté par Fermi America. S’étendant sur plus de 3 000 ha au Texas Panhandle, Project Matador (l’autre nom du projet) promet une « HyperGrid » privée mêlant gaz naturel (6 GW déjà autorisés), solaire, batteries et nucléaire avancé cumulant 17 GW pour l’alimenter.
Le projet est financé à hauteur de 700 millions de dollars par la principale banque japonaise MUFG et des investisseurs, avec des accords LOI Siemens Energy pour 2 GW de turbines en 2026, pour une entrée en production sur site annoncée à fin 2026.
Mais le Project Matador sombre dans le chaos. Il a accusé une perte de 500 millions de dollars en 2025 et en six mois son titre s’est effondré de 71 % en bourse. L’ambitieux campus texan de 17 GW n’a pas décollé malgré le nom Trump associé, l’apport du président, les avancées réglementaires de son administration, et les mandats « Bring Your Own Power » de Washington.
Que s’est-il passé ? Premier constat, le campus n’a pas de client ! Pour un datacenter d’IA, c’est certainement l’une des pires choses qui puisse arriver, car il faut rentabiliser les premiers investissements dès que possible. Il y a bien eu un locataire « investment grade » annoncé, mais il a annulé une avance de 150 millions en décembre 2025 sans fonds débloqués. Et depuis, aucun ancrage commercial n’est venu sécuriser le projet.
Pire, le CEO Toby Neugebauer et le CFO Miles Everson ont démissionné mi-avril 2026, invoquant des ratés sur la chaîne d’approvisionnement en refroidissement. Erreur de débutant de ne pas anticiper l’évolution et les difficultés du marché, que la carte Trump ne peut effacer. Neugebauer proposa même de liquider l’entreprise, rejeté par le board qui a préféré nommer un « Fermi 2.0 » avec Marius Haas comme chairman, qui a œuvré au retrait de la cote de Dell en 2013, puis à l’intégration de Dell, EMC et VMware en 2016.
Si même le président Trump échoue, l’industrie entière doit-elle trembler ?
Ce fiasco interroge et pourrait relancer le débat aux États-Unis : ambition patriotique ou bulle spéculative ? En tout cas, malgré un cours FRMI à 5-6 dollars contre 37 dollars à sa création, Fermi America persiste, permis en poche mais portefeuille vide. Également surnommé par Rick Perry et ses associés le « Manhattan Project » de l’IA, il pourrait bien entrer dans l’histoire comme un cas d’école qui aura réuni le pire des projets d’IA. Et une leçon pour les investisseurs et propriétaires fonciers qui veulent se lancer à la poursuite des mirages du boom des datacenters : il ne suffit pas de disposer d’argent, de terrains ou d’appuis politiques, la connaissance du datacenter et la prévente du projet s’imposent !

