Le refroidissement liquide direct (DLC) n’est plus une technologie marginale dans les data centers. Selon l’enquête 2026 de l’Uptime Institute, 26 % des exploitants l’utilisent désormais dans leurs installations en propre, contre 18 % un an plus tôt. Une progression de huit points qui confirme l’entrée du DLC dans une phase d’industrialisation, portée par la densification des racks et la montée en puissance des serveurs.
- L’étude de l’Uptime Institute repose sur les réponses de 501 propriétaires ou exploitants de data centers, au sein d’un panel plus large de 1 034 professionnels du secteur interrogés entre le 24 juin et le 21 juillet 2026.
La densité impose le liquide
La pression exercée par les charges IT reste le premier moteur de l’adoption. Pour 73 % des répondants, les densités de rack plus élevées constituent la raison principale de recourir au DLC, devant les serveurs de forte puissance, cités par 46 %.
Le seuil de bascule se situe pour une majorité d’exploitants entre 20 et 39 kW par rack : 35 % estiment qu’à ce niveau, le refroidissement par air devient trop coûteux ou incapable de répondre aux besoins. 22 % placent ce point de rupture entre 40 et 59 kW, et 17 % au-delà de 60 kW par rack.
Les enjeux énergétiques et environnementaux existent, mais demeurent secondaires : le coût de l’électricité et les restrictions de consommation d’eau sont chacun cités par 19 % des répondants, la durabilité environnementale par 18 %, tandis que les opportunités de valorisation de la chaleur fatale ne recueillent que 9 %.
L’intégration, critère décisif
Pour juger de la viabilité d’une solution DLC, les exploitants regardent d’abord sa capacité à s’insérer dans un parc existant. La facilité de rétrofit dans l’infrastructure en place arrive en tête, avec 47 % des réponses, devant la réduction des coûts d’exploitation (36 %).
Viennent ensuite la conception redondante (33 %), la facilité de maintenance (31 %) et la baisse des dépenses d’investissement (22 %). Les questions liées au liquide – disponibilité des fluides, refroidissement sans eau dans le rack – et à la diversification des fournisseurs pèsent plus modestement dans l’arbitrage.
Ce résultat souligne un point central pour les concepteurs et les opérateurs : la valeur d’une solution de refroidissement liquide ne se mesure pas seulement à ses performances thermiques, mais à son aptitude à être déployée sans bouleverser l’exploitation d’un site existant.
Coût, fiabilité et standardisation freinent encore
Malgré une adoption croissante, les freins demeurent structurels. Le coût excessif est cité par 41 % des répondants comme principal obstacle, devant les inquiétudes de fiabilité – notamment les défaillances des systèmes DLC – à 35 %, et l’absence de standardisation entre les solutions à 34 %.
Les difficultés de maintenance (28 %), les complications pour la planification d’activité ou de capacité (25 %), ainsi que le choix limité d’équipements et de fournisseurs (25 %) complètent le tableau. La formation des équipes (16 %), l’estimation des coûts (9 %) et les questions de sécurité (7 %) sont moins fréquemment évoquées.
Autrement dit, le marché dispose désormais d’une demande solide, mais il manque encore d’un socle technique et commercial commun capable de réduire le risque perçu et de faciliter les comparaisons entre architectures.
Le colocation suit le mouvement
La dynamique se retrouve également dans l’espace loué. En colocation, 17 % des exploitants déclarent utiliser aujourd’hui du DLC, contre 13 % en 2025. Parallèlement, 61 % n’en utilisent pas mais envisageraient de le faire, tandis que 21 % l’excluent définitivement.
Parmi les utilisateurs ou prospects du DLC en colocation, les cold plates dominent largement : 41 % évoquent des plaques froides refroidies à l’eau, 31 % des plaques à diélectrique biphasé et 31 % à diélectrique monophasé. L’immersion reste minoritaire, avec 14 % pour les systèmes complets biphasés, 10 % pour l’immersion partielle et 9 % pour l’immersion complète monophasée.
Un déploiement encore partiel
Chez les exploitants qui ont déjà adopté le DLC dans leurs propres sites, la couverture reste très inégale. Si 35 % l’appliquent à 1 à 19 % de leurs racks IT, 24 % ne l’utilisent sur aucun rack, tandis que 17 % l’ont déployé sur 60 à 79 % de leur parc et 13 % sur 80 % ou plus.
Le DLC apparaît donc moins comme une bascule généralisée que comme une technologie ciblée, déployée là où la densité, la puissance des serveurs et les contraintes thermiques le justifient. Pour les acteurs du data center, l’enjeu des prochaines années sera de transformer une adoption en croissance en un écosystème plus standardisé, plus fiable et économiquement lisible.

