Où en est le projet de data center XXL de Google à Châteauroux ?

À Étrechet, près de Châteauroux, Google vient de dévoiler les contours de son futur campus hyperscale de 195 hectares, susceptible d’accueillir jusqu’à huit bâtiments à vingt ans.

Le scénario présenté par Google le 12 octobre 2026 marque une première révision : là où le dossier initial évoquait dix bâtiments, l’entreprise parle désormais de six à huit bâtiments, à déployer par étapes sur une période de dix à vingt ans. Cette réduction s’explique notamment par la nécessité de préserver des zones humides et des haies identifiées lors des études de site.

Le site se situe dans la zone d’activités d’Ozans, à Étrechet, sur une emprise d’environ 195 à 200 hectares selon les sources. Google y projette un premier bâtiment à l’horizon 2030, tandis que la saisine de la Commission nationale du débat public (CNDP) mentionnait encore une première mise en service en 2028-2029. Cet écart illustre le caractère encore évolutif d’un projet présenté comme modulaire, mais dont les infrastructures électriques engagent le territoire bien avant la mise en service.

L’énergie, véritable variable de commande

La première phase prévoit un raccordement au réseau 225 kV géré par RTE, pour une puissance de 120 MW. Ce niveau est déjà significatif, mais il ne représente vraisemblablement qu’une fraction de la capacité finale du campus. La seconde phase suppose la création d’infrastructures de raccordement à 400 kV, avec au minimum un bâtiment supplémentaire et des travaux portés par RTE.

Le dossier de concertation décrit deux postes électriques, des liaisons souterraines à 225 kV et deux lignes aériennes à 400 kV de plus de dix kilomètres. Autrement dit, Google ne construit pas seulement des salles serveurs, il conditionne un renforcement structurel du réseau de transport dans le Centre-Val de Loire.

Les estimations de puissance finale divergent selon les sources : plus de 500 MW, jusqu’à 1,1 GW voire 1,2 GW… Cette fourchette traduit moins une imprécision technique qu’une stratégie d’annonce prudente : la puissance réellement appelée dépendra du rythme de construction, de la densité informatique retenue et de l’usage final, cloud, stockage, mais surtout entraînement et inférence IA.

Le choix de l’Indre : foncier, réseau et souveraineté

Le choix de Châteauroux ne relève pas non plus du hasard. Google met en avant une énergie décarbonée abondante, un contexte géopolitique stable et un passé industriel compatible avec ce type d’implantation. La région dispose aussi d’un foncier disponible, d’une desserte routière et d’une position géographique utile pour desservir les infrastructures numériques françaises et européennes.

Le projet s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique revendiquée par l’État : le site d’Ozans figure parmi les 55 sites « clés en main » sélectionnés par le gouvernement depuis 2024. Pour les collectivités, l’enjeu est de capter un investissement capitalistique rare, des emplois directs et une filière locale d’exploitation, de maintenance et de construction. Le soutien affiché par les six présidents de départements de Centre-Val de Loire confirme la dimension politique du dossier.

Mais cette attractivité a un prix. L’intercommunalité aurait promis la cession d’environ 215 hectares de terres agricoles, et l’acquisition foncière annoncée atteint 58,5 millions d’euros par Tricolore Computing, filiale de Google. Le débat ne porte donc pas seulement sur un bâtiment industriel, il interroge l’usage du sol, la préservation agricole et la capacité d’une commune rurale à peser face à un acteur mondial.

Eau, paysage et acceptabilité : les angles morts

L’eau devient également un sujet sensible. Google évoque un premier remplissage d’environ 1 000 m³ et affirme ne prévoir ni prélèvement ni rejet dans les nappes phréatiques. Cette précision est importante, mais elle ne règle pas la question de la disponibilité de la ressource en période de tension hydrique.

Le projet a déjà provoqué une crise politique locale : la maire d’Étrechet et plusieurs élus ont démissionné, dénonçant un défaut de transparence et une difficulté à faire entendre les inquiétudes des habitants. Une pétition du collectif « Ozans dire non » dépasse 18 000 signatures, tandis que la concertation CNDP doit s’ouvrir en novembre, avec quatre réunions publiques dont la première le 9 novembre à Châteauroux.

Cette contestation n’est pas une simple opposition NIMBY (Not In My BackYard, « pas dans mon jardin »). Elle porte sur un déséquilibre classique des grands projets numériques : les bénéfices fiscaux, industriels et en emplois sont largement territorialisés, mais les externalités – emprise foncière, trafic, paysage, eau, bruit, pression sur le réseau – se concentrent sur un périmètre restreint. La révision de 10 à 8 bâtiments montre toutefois que les contraintes environnementales peuvent encore modifier la physionomie du projet.

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